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Chronique

Un parfum de relance, un goût de déjà-vu…

Ce nouveau cycle de croissance ne doit pas être tracé seulement par des pelleteuses, mais d’idées, d’innovation et surtout d’un secteur privé dynamique, prêt à prendre des risques, à mouiller le maillot.

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On croyait l’économie marocaine en convalescence prolongée, engluée dans les effets résiduels du Covid, les sécheresses à répétition et les tensions mondiales. Et voilà que le Conseil de Bank Al-Maghrib du 18 mars, le premier de l’année 2025, vient souffler un vent d’optimisme sur le pays. Une météo économique plus clémente se dessine, portée par une série de bonnes nouvelles…, mais aussi par quelques vieilles recettes.

Première éclaircie : le crédit bancaire, thermomètre de la confiance économique, reprend des couleurs. Après des années d’anémie, la machine semble se réenclencher. En 2025, les crédits au secteur non financier devraient bondir de 5,9%, puis de 6% en 2026.

Mieux encore, les prêts à l’équipement, baromètre de l’investissement productif, poursuivraient leur envolée : +7,4% attendus en 2025, +7,6% en 2026 selon les projections de Bank Al-Maghrib. Quant aux facilités de trésorerie, leur reprise amorcée en 2024 (+30,9% !) devrait se confirmer, avec une progression projetée autour de +6% en 2025, puis +6,5% en 2026.

Deuxième clignotant au vert : la croissance non agricole, longtemps atone, se renforce. Tirée par les chantiers d’infrastructures, elle est montée à 4,2% en 2024 et devrait rester sur ce rythme en 2025 et 2026. Le PIB global suivrait la même trajectoire ascendante, passant de 3,2% en 2024 à 3,9% en 2025 et 4,2% en 2026. Un redémarrage salutaire, malgré une agriculture encore tributaire du ciel.

Troisième bonne surprise : l’inflation, qui avait martyrisé les ménages ces dernières années, est enfin rentrée dans sa boîte. Tombée à 0,9% en 2024, elle resterait maîtrisée autour de 2% sur les deux prochaines années. Un retour à la normale qui redonnera du souffle au pouvoir d’achat et à la consommation.

Plus réactive que d’habitude, Bank Al-Maghrib accompagne cette accalmie avec une politique monétaire plus accommodante : taux directeur abaissé à 2,25%, programme de soutien au financement des TPE…, un levier décisif pour soutenir cet élan.

Mais derrière ces chiffres prometteurs, une question plane : assistons-nous à un vrai changement de cycle ou simplement à une reprise mimétique du début des années 2000 ? Car si la croissance revient, c’est encore une fois par les grands travaux, comme le précise le rapport du Conseil de la banque centrale.

Autoroutes, LGV, stades, barrages, ports, aéroports… Un moteur connu, mais un peu usé, car son rendement économique reste très faible. L’ICOR du Maroc (indicateur qui mesure l’efficacité de l’investissement public) est en effet très élevé : pour chaque point de croissance, il faut injecter toujours plus de capital.

D’ailleurs, une petite phrase qui faisait florès dans les années 2000 semble redevenue d’actualité: «Quand le BTP va, tout va». Sauf qu’en 2025, on aimerait bien que «le BTP aille», certes, mais accompagné d’autres secteurs plus productifs. Des secteurs capables de produire autre chose que du béton : de la croissance saine, des emplois durables, de la valeur ajoutée réelle portée par de vrais gains de productivité.

Il faut, cela étant dit, reconnaître que ce nouvel âge d’or des infrastructures ne tombe pas du ciel. Il est porté par des dynamiques structurantes : la préparation de la CAN 2025 et du Mondial 2030, qui catalysent une modernisation accélérée des équipements publics et du paysage urbain ; la grande stratégie de l’Eau, qui cherche à sortir le pays du risque de panne sèche ; et autres investissements publics massifs dans les territoires…

Les infrastructures ne sont pas donc le problème. Elles sont le socle de toute croissance durable. Mais ce socle doit désormais porter autre chose : une montée en puissance de la valeur ajoutée des industries, de l’économie du digital et de la tech, des énergies renouvelables, des services, de l’économie de la vie…

Ce nouveau cycle de croissance ne doit pas être tracé seulement par des pelleteuses, mais d’idées, d’innovation et surtout d’un secteur privé dynamique, prêt à prendre des risques, à mouiller le maillot.

Cette relance qui se dessine sous nos yeux peut être le début d’un vrai virage. À condition de ne pas se contenter de reprendre la même route des années Driss Jettou, mais d’oser en tracer de nouvelles.