SUIVEZ-NOUS

Chronique

Un nouveau (dés)ordre mondial

Du vocabulaire similaire à celui entendu avant la guerre de l’Irak commence à prendre place dans le discours américain. Frappes chirurgicales, faire la guerre pour garantir la paix… C’est comme si l’histoire ne servait à rien pour un nouvel ordre mondial que l’on veut imposer unilatéralement.

Publié le


Mis à jour le

«Il y a quelques instants, l’armée américaine a mené des frappes chirurgicales massives contre les trois principales installations nucléaires du régime iranien: Fordo, Natanz et Ispahan». C’est par ces mots que le président américain Donald Trump a commencé son allocution pour annoncer au Monde avoir frappé l’Iran.

Il était 20 heures à
Washington, Donald Trump annonce que les Etats-Unis venaient de bombarder les trois principaux sites nucléaires iraniens.

Un scénario du futur
Une allocution de quatre minutes que Trump a conclue en mettant en garde l’Iran contre toute tentative de «représailles» envers les États-Unis, et en remerciant Dieu tout en lui demandant de «bénir le Moyen-Orient, Israël et les États-Unis».

L’allocution avec son décor, le président des États-Unis d’Amérique, entouré de son vice-président, J. D. Vance, de Marco Rubio, son secrétaire d’Etat, et de Pete Hegseth, son secrétaire à la défense, avait tous les ingrédients d’une scène de film de sciences fiction, sauf que nous étions en pleine actualité.

La conférence de presse donnée le lendemain à 8 heures du matin en direct du Pentagone, par Pete Hegseth, le secrétaire à la défense et le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées des forces américaines, était organisée pour donner le «pitch» et le nom du film. «Midnight Hammer» (le Marteau de minuit) est le titre de l’opération.

Le général indiquait qu’il n’y a pas eu de résistance de la part des forces iraniennes. Que des tactiques de diversion ont été utilisées pour que les bombardiers parviennent au-dessus de leurs cibles. Que des missiles de croisière Tomahawk, lancés depuis un sous-marin, et des bombes à fort pouvoir de pénétration, ont également frappé les endroits visés.

Des méthodes du soft power cinématographique pour montrer de manière ostentatoire le hard power américain.

Pendant la conférence de presse, le secrétaire à la défense a déclaré que «le choix de déplacer un certain nombre de bombardiers B-2 de leur base du Missouri, plus tôt dans la journée de samedi, était censé être un leurre pour décourager les Iraniens».

Il a ajouté que «les États-Unis avaient également utilisé d’autres méthodes de tromperie, en déployant des chasseurs pour protéger les bombardiers B-2 qui ont largué 14 bombes à fragmentation sur le site iranien de Fordo». Nous avons plus de détails sur les «effets spéciaux» du scénario.

Une autre «ambiguïté stratégique»
Il est visiblement inutile de revenir sur l’historique de qui a commencé ? Qui est avec qui ? Qu’en 2018, c’était Donald Trump, lors de son premier mandat déjà, qui avait fait le choix de se retirer des précédents accords, sans tenir compte des autres signataires.

Que Trump impose, encore une fois unilatéralement, de décider du sort de l’Iran, sans se concerter avec l’Europe, les pays du Moyen-Orient, l’ONU… Il a la force, donc il décide.

Pas la peine non plus d’évoquer les deux poids deux mesures dans le traitement des pays qui, hormis les cinq puissances nucléaires reconnues par le Traité de non-prolifération nucléaire (États-Unis, Russie, France, Chine et Royaume-Uni), ont ou sont suspectés d’avoir l’arme nucléaire : Inde, Pakistan, Corée du Nord et Israel.

Cette dernière pratique depuis 1964 la doctrine de «l’ambiguïté stratégique» en ne reconnaissant pas posséder l’arme nucléaire même s’il est admis, depuis 1970, que le pays fait partie des États dotés de l’arme atomique.

Lors de sa parution au tribunal au motif d’avoir un couteau sur lui qu’il aurait pu utiliser pour commettre un crime, un prévenu répond au juge «Si vous voulez Monsieur le juge, j’ai aussi sur moi de quoi commettre un viol à tout instant !». Cela équivaut à accuser son chien de la rage, juste parce qu’on a décidé de le tuer ! La Culture est la solution.