SUIVEZ-NOUS

Chronique

Trop de réactions tuent la réaction

Les réactions à la série d’articles du journal «Le Monde» appellent une introspection sur notre façon d’appréhender le regard de l’autre, quel que soit l’autre et quoi qu’il dise de nous.

Publié le

La différence entre une personne intelligente et une personne sage ? L’intelligent peut résoudre un problème que le sage sait éviter. L’idée n’est pas d’éviter les articles d’un journal, mais de s’abstenir de devoir réagir et de se justifier en réaction de ce qu’on dit de nous. Et peut-être plus exactement, de ne pas ressentir le besoin de se justifier, corriger, mettre les points sur les i, rectifier… à coup d’articles, de commentaires, de tribunes, de chroniques, de lettres ouvertes…

Des réactions épidermiques qui s’autodétruisent
Des réactions sont tellement excessives qu’elles deviennent insignifiantes. Ça va de ceux qui veulent donner des leçons de journalisme, à d’autres qui égrènent des arguments hors sujet, en passant par les tenants de la théorie de la déstabilisation du Maroc par une ex-puissance coloniale, mélangeant un article avec la presse, le gouvernement, les ministres, le président, la France, l’Occident…

Revenons à nous. Avons-nous davantage besoin d’une thérapie collective que de politique ? La politique, seule, peut nous emprisonner dans un patriotisme maladroit, presque risible. Pas un patriotisme intériorisé et approprié, mais un patriotisme de perroquets. Un patriotisme qui voudrait montrer que nous sommes affranchis du regard de l’autre, mais dont l’expression maladroite démontre que nous en sommes toujours prisonniers, puisque c’est en réaction à ce regard que nous agissons. C’est donner trop d’importance à ce regard que nous savons biaisé. Si cet épisode nous donne des enseignements sur nous-mêmes, il ne sera que bénéfique. En nous apprenant que réagir à des inepties est un acte de faiblesse qui donne trop d’importance à celui qui les relate. Et à devenir moins prévisibles dans nos réactions.

«Ce qu’il fait à l’intérieur se voit à l’extérieur»
L’adage oriental dit que «Que fait un gros caillou quand tu le mets à côté d’un petit caillou ? Il ne s’en occupe pas». Soyons le gros caillou que nous sommes ou que nous devrions apprendre à devenir. Et devenir un gros caillou, ça se construit. La confiance en soi et en son pays se construit aussi. Nous en avons les ingrédients, travaillons sur la recette et le dosage de la marmite. Et faisons en sorte d’avoir les ingrédients qui nous manquent. Il faudrait, pour commencer, travailler à un journalisme de qualité, d’informations et d’opinions. Et sur les conditions de l’entretenir. Nous ne pouvons pas exiger d’un gouvernement d’intervenir dans la ligne éditoriale d’un journal, y compris le nôtre. Après tout, ce qui se dit dans un journal est soit vrai, vérifié et vérifiable, ou bien faux et donc attaquable en justice. C’est la limite. Cela a l’air simple, mais nous savons qu’il s’agit d’opérer une rupture épistémologique entre ce qui existe et ce qui devrait être. Chez nous, non plus, les frontières entre les trois premiers pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) et le quatrième pouvoir (la presse) ne sont pas tout à fait étanches. Tout comme celles entre les espaces privés et l’espace public.

Soyons pratiques, commençons la thérapie par une action commune, celle d’habiter le salon de nos maisons et ne pas le laisser que pour les invités alors que ce qui reste de l’espace de la maison ne suffit pas à toute la famille. Ne réservons pas nos salons que pour le regard des invités, au détriment de notre bien-être quotidien. Nous deviendrions peut-être moins à fleur de peau en montrant ce que nous sommes. Motivation supplémentaire pour travailler sur nous-mêmes. C’était le slogan de la publicité pour un yoghourt au «Bifidus actif» : «Ce qu’il fait à l’intérieur se voit à l’extérieur».
L’assurance et la confiance en soi se construisent justement par la construction de soi. Ça nous rendrait tellement plus séduisants. La Culture est la solution.