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Chronique

Quand Trump éternue, Casablanca s’enrhume

Le Maroc, s’il veut prétendre à une place plus solide dans le concert des nations, doit renforcer la profondeur de son marché financier, attirer plus d’investisseurs institutionnels pour mieux amortir les chocs extérieurs.

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Il suffit parfois d’un mot ou d’une annonce pour faire paniquer les marchés. Avec Donald Trump, ça va très vite. Depuis qu’il est de retour à la Maison-Blanche en janvier, le président américain a repris ses vieilles habitudes : taxer, menacer, bousculer l’ordre mondial.

Cette fois, ce sont les droits de douane : 125% sur les produits chinois, 10% sur le reste du monde et une promesse de rétablir l’équilibre commercial de l’Amérique, quitte à déclarer une guerre globale. Son message est clair : l’Amérique d’abord, et tant pis pour les autres.

Résultat : Washington cogne, la planète financière encaisse et les marchés tanguent. Dans ce tumulte mondial, la Bourse de Casablanca a pris, contre toute attente, une vraie claque, avec une chute de 5,64% entre le 8 et le 12 avril. L’une des pires performances au monde cette semaine-là ! Une baisse brutale qui peut surprendre.

Pour un marché peu exposé aux échanges directs avec les États-Unis ou la Chine, la réaction paraît injustifiable, exagérée. Pourquoi Casablanca tousse quand le président américain frappe ailleurs ? Pourquoi un discours tenu à des milliers de kilomètres fait dérailler les indices marocains, pourtant abrités des grandes routes de la guerre commerciale ?

La réponse tient dans la nature même de l’économie marocaine, très ouverte, extravertie. Une économie qui importe beaucoup de produits et de matières premières d’Europe et d’Asie. Quand les États-Unis mettent des taxes sur les produits chinois, toute la chaîne mondiale s’en trouve perturbée : les prix montent, les coûts logistiques s’envolent, la chaîne de valeur mondiale ralentit, les délais s’allongent…

Un peu comme durant le Covid, les bavettes en moins. Et quand l’Europe tousse à son tour, c’est tout l’écosystème marocain, adossé aux investissements et aux commandes européens, qui entre en zone de turbulence.

La perspective d’une Amérique plus fermée, plus imprévisible, plus unilatérale, refroidit aussi sur le plan macroéconomique les espoirs d’un rebond global. Et le Maroc, qui s’inscrit dans des chaînes d’approvisionnement mondiales, en subit les contrecoups. Notre économie réagit donc moins à la cible des taxes qu’à leur onde de choc.

Ajouter à cela un facteur psychologique fort: la place casablancaise est dominée par des investisseurs locaux au profil (très) prudent, sensibles au climat international. Dans un contexte où les taux d’intérêt baissent au Maroc et où le Trésor a moins recours au marché obligataire, car ayant assouvi sa soif sur le marché international, les gérants arbitrent et désertent les actions.

Le repli n’est donc pas seulement lié à Trump, mais à un cocktail d’incertitudes. Trump, lui, n’a fait qu’allumer la mèche. Il faut aussi lire entre les lignes : le marché casablancais ne réagit pas à Trump, mais à l’époque Trump. Celle de l’instabilité systémique, des retournements brutaux, du désordre stratégique global.

Dans ce monde déséquilibré, les places émergentes comme la nôtre sont les plus vulnérables. Elles encaissent la moindre nervosité des grands fonds, les sorties de capitaux soudaines, les revalorisations de portefeuilles… Elles paient pour les autres.

Alors, est-ce grave ? Pas forcément. Car cette correction pourrait servir de piqûre de rappel : le Maroc, s’il veut prétendre à une place plus solide dans le concert des nations, doit renforcer la profondeur de son marché financier, attirer plus d’investisseurs institutionnels pour mieux amortir les chocs extérieurs. Pour ne plus s’enrhumer à chaque coup de froid venu de l’Ouest.

Trump a éternué. Wall Street a frissonné. Mais à Casablanca, on a sorti les mouchoirs. Il est temps de muscler nos défenses immunitaires…