Chronique
Quand l’IA lira dans nos pensées…
Depuis des années, c’est une véritable guerre réglementaire qui est engagée contre les géants du web.
De Google à Facebook, en passant par TikTok et X (ex-Twitter), tous sont accusés de vouloir faire main basse sur nos données personnelles.
Objectif affiché, les vendre à prix d’or pour alimenter l’IA générative ou développer de nouveaux services rendant les utilisateurs encore plus captifs.
Et pour détourner l’attention des internautes de leurs véritables intentions, les grandes firmes technologiques les bercent dans l’illusion du libre accès.
C’est sans doute le meilleur moyen de leur faire oublier le célèbre adage selon lequel, «lorsque c’est gratuit, c’est que c’est vous le produit !»
Un mirage amplifié par la capacité de placer nos smartphones sur écoute.
Des appareils devenus tellement intelligents qu’ils sont capables de laisser traîner une oreille indiscrète au détour de vos conversations.
Ils parviennent ainsi dans la foulée à vous proposer comme par magie des publicités ou des services sur mesure.
Des pratiques qui ne sont plus en odeur de sainteté, mais ce n’est rien à côté des intrusions qui vous guettent.
Désormais, dans les situations de la vie courante, non seulement tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous, mais plus encore, tout ce que vous pensez risque fort de vous être opposé.
À la faveur des capacités de calcul considérables offertes par le développement de l’intelligence artificielle, des sociétés sont désormais en mesure de décrypter ce que vous vous dites dans l’intimité et le secret de votre propre esprit.
Certaines recherches menées en laboratoire, via des implants, sont parvenues à reconstituer près de la moitié d’un texte lu en silence par un être humain.
Il serait même possible à l’avenir d’influer sur vos décisions à travers des impulsions émises dans votre cerveau, comme cela a déjà été fait sur des souris.
Dans ce contexte, le combat pour la protection des données personnelles semble relever d’un autre temps. Aujourd’hui, il y a urgence à se prémunir, et le cas échéant à légiférer, pour garantir ce que l’on appelle les «neurodroits».
Et comme souvent dans ces cas-là, le péril vient des États-Unis, au même titre que les moyens d’y remédier.
Après le Colorado, la Californie vient d’adopter une loi pour protéger les données cérébrales humaines.
Des informations susceptibles d’être recueillies par des implants ou des capteurs externes, au même titre que les données biométriques, de géolocalisation ou encore d’identification bancaire.
Les personnes concernées doivent donc être en mesure de demander la limitation, la correction ou, le cas échéant, la suppression des éléments collectés par une entreprise de neurotechnologie.
Car derrière les intentions légitimes destinées à réduire certains troubles comme ceux du sommeil, à soigner certaines maladies, ou encore de diminuer l’ampleur de certains handicaps, se cachent des risques périlleux.
Autant de dangers imminents qui ne doivent pas être inhibés par les progrès révolutionnaires qui se profilent à l’horizon.
D’après l’ONG Neurorights Foundation citée par l’AFP, «d’ici quelques années, les consommateurs seront en mesure d’envoyer des messages écrits, transcrits à partir de leurs pensées via leur smartphone».
Et de relever qu’une demande de brevet a été déposée l’an dernier par Apple pour que ses prochains «AirPods» puissent mesurer l’activité électrique du cerveau.
Sans parler de l’intention d’Elon Musk de doter l’humain de super pouvoirs.
Une fois de plus, la réalité finit par rattraper la fiction pour ensuite la dépasser, au point de s’imaginer entendre les pensées des autres, à la manière de Mel Gibson, dans le film sorti en 2000, «Ce que veulent les femmes».
