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Chronique

Pourquoi l’Europe a besoin du Maroc

Pas besoin d’être expert en investissements, banquier d’affaires ou grand économiste pour se rendre à cette évidence.

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Exit le Maroc, simple marché d’exportation ou de production low cost pour les marchés européens, le Royaume est depuis quelques années, surtout après la pandémie du Covid, un passage obligé pour tout État européen désireux de garder sa souveraineté économique, énergétique, alimentaire, et pour toute entreprise de ce côté nord de la méditerranée qui veut survivre à la concurrence mortelle des Asiatiques et des Américains.
L’évolution de la position française sur le Sahara, suivie d’une visite d’État du président Emmanuel Macron, le partenariat renouvelé avec l’Espagne ou encore l’Allemagne ces deux dernières années en sont une preuve grandeur nature.

Ces pays n’ont pas fait le «pari Maroc» pour la beauté de ses yeux, mais parce qu’ils ont trouvé dans ce pays stable et lisible politiquement et économiquement tous les ingrédients pour leur permettre de sauvegarder, voire accélérer leur dynamique économique d’aujourd’hui et de demain.

Et cela n’est pas venu non plus par hasard, mais parce que le Maroc l’a voulu, l’a planifié, a joué il y a plus de deux décennies déjà des cartes qui se sont avérées gagnantes.
La première d’entre elles est le nombre incalculable d’accords de libre-échange tissés avec plus de 52 pays dans le monde : UE, États-Unis, pays arabes, Turquie, etc.

Depuis le début des années 2000, ce choix stratégique, risqué pour un pays non industrialisé, a causé d’énormes pertes pour l’économie marocaine en termes d’équilibre de sa balance commerciale.

Mais avec le temps, ce tissage de liens commerciaux avec le reste du monde a permis au Maroc de devenir une plateforme de production pour toute entreprise mondiale souhaitant conquérir, à partir de Casablanca, Tanger, Kénitra, El-Jadida, Laâyoune et Dakhla, les marchés mondiaux, tout en étant aussi compétitive, ou presque, que ses concurrents asiatiques ou turcs.
Et la compétitivité, c’est cela la deuxième carte mise sur la table par le Maroc, il y a également plus de deux décennies : bâtir des infrastructures routières, logistiques, portuaires, monter des zones industrielles attractives, former une jeunesse aux métiers techniques et d’ingénierie pour offrir à ces industriels européens en perte de vitesse une nouvelle plateforme de production compétitive.

Le cas de l’industrie automobile en cela est édifiant, puisque la voiture made in Morocco est désormais la troisième la plus compétitive du monde après les voitures chinoises et indiennes.
Mais pour faire la différence avec les autres usines mondiales de production, le Maroc a fait mieux en misant, il y a 15 ans, sur un créneau peu lucratif à l’époque : les énergies renouvelables.

Et nos parcs éoliens et solaires, notre industrie naissante de l’hydrogène vert font aujourd’hui la différence pour une Europe qui veut produire propre, qui imposera de plus en plus de taxes aux produits non décarbonés entrant sur son sol.
Et pour couronner le tout, il y a cette percée africaine du Royaume, de son secteur financier, de ses entreprises, de sa diplomatie officielle et non officielle, qui fait du pays un hub incontournable pour commercer sur un continent africain de 1 milliard d’habitants, qui seront 2 milliards dans 25 ans.

Une percée que vient consolider la fameuse Zlecaf, cette zone de libre-échange continentale qui lèvera bientôt les frontières entre pays africains, permettant à tout produit fabriqué au Maroc de bénéficier de conditions tarifaires qu’aucune zone économique mondiale n’a.
Dans une Europe vieillissante, où on a compris avec le Covid que produire en Asie est beaucoup trop risqué, où les niveaux de salaires, de taxes et charges sociales sont de plus en plus élevés, et qui ne cesse de perdre des plumes en matière de compétitivité sur le marché mondial, mais qui veut continuer à produire propre et à moindre coût, le Maroc, ce pays si proche, stable et fiable, est clairement l’unique alternative pour elle pour sauver ce qui reste à sauver et permettre à ses entreprises, son industrie et sa technologie de survivre, de se développer, de s’épanouir sur de nouveaux marchés.

Et de rester debout dans un monde qui se régionalise, qui se replie sur soi, qui se barricade, faisant fi de toutes les règles commerciales du marché libre qui organisent le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Voilà pourquoi la France, l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie et autres puissances industrielles du Vieux Continent ont besoin de nous, aujourd’hui plus que jamais. Et voilà pourquoi le Maroc exige depuis quelques années d’être traité d’égal à égal, qu’il impose ses conditions et que sa diplomatie enchaîne les victoires.

Car il a su exploiter ce que beaucoup n’ont pas : le temps long, propre aux monarchies, et que notre État a su mettre à son profit, en planifiant des stratégies sectorielles qui pouvaient paraître, à première vue, désordonnées, dispersées, déconnectées les unes des autres, mais qui versent finalement toutes vers un seul objectif : l’émergence d’une puissance régionale.