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Chronique

Pourquoi l’épargne des Marocains boude toujours la Bourse

Pour que le pays accélère son développement, la Bourse ne doit pas rester le terrain de jeu de quelques initiés. Elle peut redevenir ce qu’elle n’a jamais été au Maroc : un outil populaire.

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Depuis janvier, la Bourse de Casablanca a signé une performance à faire pâlir ses consœurs régionales, ou même mondiales : plus de 30% de hausse pour le Masi. Des IPO sursouscrites, des records de valorisation, un flux régulier d’annonces rassurantes…

Et pourtant, toujours pas de raz-de-marée côté épargnants individuels. Les Marocains ne se ruent pas en masse sur les actions. La confiance reste timide, distante, presque méfiante.

Le paradoxe est frappant : des marchés qui montent, mais un public qui regarde ça de loin, comme un spectacle dont il ne ferait pas vraiment partie. On pourrait penser que c’est une question de culture financière. Et c’est vrai.

Le réflexe d’investissement boursier est encore très peu ancré dans les habitudes des classes moyennes, cette classe qui fait bouger l’épargne. On préfère la pierre ou l’épargne bancaire classique. Le mot «Bourse» évoque encore pour beaucoup une loterie à haut risque, un club d’initiés, ou pire : un piège.

Mais cette frilosité n’est pas seulement psychologique. Elle est aussi le fruit d’un écosystème qui, malgré ses évolutions, reste peu accueillant. L’offre reste limitée à quelques dizaines de valeurs, dominées par une petite poignée de grandes capitalisations.

La liquidité est faible. Les canaux d’accès sont encore perçus comme complexes, avec un jargon intimidant, des frais peu lisibles et une information financière souvent compliquée à lire, à déchiffrer.

Et puis il y a le traumatisme de la bulle des années 2006-2008, où des milliers de petits porteurs sont montés dans le train en marche, juste avant qu’il ne déraille. Depuis, la Bourse s’est remise, mais la mémoire collective, elle, reste marquée.

Beaucoup ont vu leurs économies fondre comme neige au soleil, sans filet de sécurité. Résultat : une génération entière d’épargnants est restée à l’écart.

Pourtant, le contexte est plus que favorable. Les taux sont bas. L’inflation est contenue. L’immobilier ne rapporte plus autant qu’avant.

Et les entreprises cotées publient des résultats solides, avec des perspectives prometteuses dans des secteurs clés : télécoms, banques, santé, BTP… Le potentiel est là. Mais il manque le déclic.

Ce déclic ne viendra pas tout seul. Il faut un plan d’attaque pour démocratiser la Bourse. Cela passe par une vraie pédagogie, un choc de simplification des parcours d’investissement, une fiscalité plus attractive pour l’épargnant long terme, et surtout, une offre élargie.

Il faut des PME, des start-up, voire des coopératives agricoles sur la cote. La Bourse doit ressembler à l’économie réelle pour attirer l’épargne réelle.

Les acteurs du marché, les banques, les fintechs…, tout le monde a un rôle à jouer. Mais l’État aussi. La mobilisation de l’épargne nationale est un enjeu stratégique, autant que l’investissement public ou étranger.

Il ne s’agit pas d’encourager la spéculation, mais d’élargir les sources de financement de l’économie, de diversifier les patrimoines, de rapprocher les citoyens de leur tissu productif. Pour que le pays accélère son développement, la Bourse ne doit pas rester le terrain de jeu de quelques initiés.

Elle peut redevenir ce qu’elle n’a jamais vraiment été au Maroc: un outil populaire. Accessible. Compréhensible. Transparent. Et surtout, utile.

Le rallye boursier est une bonne nouvelle, on ne le répétera jamais assez. Mais il serait encore meilleur si chaque Marocain y voyait une opportunité pour prendre lui aussi part au jeu. De financer directement l’économie réelle. Et d’y gagner surtout.