Chronique
Pour un espace public, vraiment public
L’espace public est un des indicateurs culturels les plus parlants. Il révèle des traits culturels intrinsèques à une population reflétés dans ses comportements et attitudes en société. Il constitue le lieu dans lequel les populations se côtoient, se mélangent ou s’évitent, se respectent ou se confrontent, se sourient ou se défient.
Àu-delà de l’aspect académique d’une psychosociologie comparée, il est question de la vie quotidienne des gens. Et même de leur santé mentale et de leur bien-être psychologique.
Un espace qui, par essence, permet de mélanger les personnes et les activités est, par la force des choses, un lieu dont l’organisation est le secret de son attractivité et dont la régulation est la condition même de sa pacification.
Chez nous, il suffit de tenter l’expérience d’orienter le sujet d’une conversation vers l’espace public pour provoquer facilement des réactions chez les gens qui se mettent tout de suite à vider leurs sacs à propos des problèmes qu’ils rencontrent dans l’espace public. Dans le taxi, chez le coiffeur, au café, à la maison…
Un espace public dont il faudrait prendre soin
Et pour cause, nous sommes obligés d’avouer que notre espace public demeure problématique. Qui ne connaît pas des gens qui préfèrent parfois prendre l’avion et voyager très loin et plus cher pour aller trouver un espace public dans lequel ils peuvent se sentir plus libres et moins jugés ?
Un espace public moins conflictuel qui permet de circuler librement, de se divertir, de laisser libre cours à sa créativité et à ses envies, même les plus folles.
Chez nous, les femmes, par exemple, rêveraient du jour où elles n’auraient pas devoir, avant de sortir, se demander comment s’habiller, quel moyen de transport prendre, quelles interactions sociales éviter… ?
Nous allons peut-être, à un moment, devoir nous poser des questions sur notre espace public, ne serait-ce que pour l’organisation de la Coupe du monde du football 2030. Le Qatar s’est aussi posé ces questions pour son Mondial 2022. Une confrontation des différents types d’espaces publics dans le monde est difficilement évitable.
Ces espaces publics commencent par l’aéroport et la gare jusqu’aux stades, en passant par les hôtels, la rue, les cafés, les restaurants, les bars, les fan zones… Les populations de touristes que le Maroc va recevoir sont habituées à d’autres types d’espaces publics dans leur pays.
Pour le dire plus simplement, elles sont habituées à un peu moins de contraintes et à un peu plus de liberté. Elles sont souvent habituées à ce que les choses se passent simplement sans avoir à trop les calculer à l’avance.
L’espace public, pièce centrale de la société
Peut-être que nous devrions traiter notre espace public comme le salon de l’intérieur de nos maisons. Une pièce toujours prête à accueillir les invités qui viendraient à n’importe quel moment. À la différence près que la famille qui habite la maison est interdite de séjour au salon.
Il ne faut surtout pas y mettre du désordre au cas où des invités arrivent à l’improviste. Comme le salon est la vitrine de la maison et de la famille qui y habite, l’espace public est la vitrine de notre pays, de ses habitants et de sa société. Nous devrions tous jouer le rôle de figurants d’une pièce de théâtre dans laquelle nous nous montrerions sous notre meilleur aspect.
L’exercice serait peut-être utile à la fin, et l’on finirait par améliorer notre espace public pour qu’il devienne un espace habitable par et pour nous-mêmes. C’est ainsi, la Coupe du monde nous sert à accélérer les chantiers des infrastructures sportives, routières et hôtelières…
Avec des conséquences indirectement heureuses pour les habitants de ce pays. Entendons-nous sur le rôle à jouer et sur les répétitions à faire avant 2030, afin que nous soyons prêts le jour J. Qui sait ? Le jeu en vaudrait-il la chandelle, et nous finirions par aimer et nous approprier notre espace public en l’améliorant et en y rendant la vie plus facile et plus heureuse. La Culture est la solution.
