Chronique
Opposer un cercle vertueux aux tourments du monde
Le Maroc aura tout à gagner en gardant les meilleures relations avec les deux entités que sont la Confédération des Etats du Sahel et la CEDEAO, quelle que soit l’issue des malentendus qui les opposent.
Tout autour du Maroc, le paysage géopolitique et donc géostratégique bouge. Si les élections présidentielles au Sénégal et en Mauritanie ont plutôt rassuré, la situation en Afrique de l’Ouest et au Sahel suscite une grande inquiétude. Une Confédération des États du Sahel (CES) a vu le jour tandis que la CEDEAO semble pour le moins désemparée. Au lendemain des deux sommets de la CES et de la CEDEAO, personne ne sait ce qui adviendra non seulement de la sécurité, mais également des économies et surtout de la monnaie au sein des deux entités.
Non loin de là et de nous, les présidentielles en Algérie et en Tunisie ajouteront au désarroi des peuples de la région, d’autant que l’équation libyenne à moult inconnues semble se perpétuer sous le regard indifférent des chancelleries d’Occident et d’Orient.
Si l’on ajoute à tout cela l’état apathique de l’Union européenne au sein de laquelle nombre de pays se distinguent par la fragilité des majorités arrivées aux commandes, et que l’on prend en compte l’essoufflement des économies et le délabrement avancé des finances publiques de la grande majorité des États de l’UE, on réalise le degré d’incertitude qui pèse sur le futur du Vieux Continent. Le cas emblématique de la France renseigne clairement sur les tourments divers et variés qui traversent les peuples et les élites de l’UE.
En élargissant le spectre, c’est l’angoisse quant au sort de l’ensemble de l’humanité qui envahit tout un chacun. Tandis que la Russie s’embourbe chaque jour davantage dans la guerre qu’elle livre à l’Ukraine, les USA sont acculés à choisir entre la peste et le choléra. Si Trump revient à la Maison-Blanche, comme le certifient les sondages, les plans démoniaques de Netanyahou et ses voyous d’alliés auront tous les appuis nécessaires. Tout comme Poutine qui pourra fêter gaillardement la validation par quelque subterfuge onusien de ses annexions obtenues par les canons.
Au sein de ce monde où les peuples ne savent plus sur quel pied danser, tant les repères d’antan périclitent aussi vertigineusement, le Maroc s’apparente à une oasis de stabilité. Fort heureusement, il existe l’axe Madrid-Rabat-Nouakchott-Dakar dont la vitalité dépend largement du Maroc lui-même. Madrid a fini par comprendre que la sécurité et, en quelque sorte, la prospérité de l’Espagne sont indissociables de celles du Maroc. La Mauritanie de Mohamed Ould El Ghazouani a courageusement défié les entourloupes des soudards d’Alger, à l’exemple du fumeux Sommet tripartite que Nouakchott a boycotté. Alors qu’il a heurté la France et bien d’autres autant avant qu’après son arrivée au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal, a vite proclamé son attachement à la loyauté pleine et entière envers le Royaume. Il est donc clair pour notre région, pour l’Afrique, pour l’UE comme pour les grandes puissances que cet axe Madrid-Rabat-Nouakchott-Dakar constitue d’ores et déjà un hub de sécurité et de prospérité pour l’ensemble de l’Afrique. L’occurrence de la Coupe du monde illustrera avec éclat le cercle vertueux ainsi mis en place entre l’Atlantique et la Méditerranée.
Les ports de Tanger Med, de Nador et de Dakhla Atlantique constitueront les veines dudit cercle vertueux, comme y contribuera sans le moindre doute le gazoduc qui sèmera croissance et sécurité du Nigéria au sud de l’Europe.
Voilà pourquoi le Maroc aura tout à gagner en gardant les meilleures relations avec les deux entités que sont la Confédération des États du Sahel et la CEDEAO, quelle que soit l’issue des malentendus qui les opposent. Le crédit de confiance dont il jouit auprès d’elles lui permettra de les aider à trouver des solutions pérennes aux casse-tête sécuritaires et même monétaires. La mise en place d’une banque d’investissement et d’un fonds de stabilisation entre les trois pays de la Confédération sahélienne, d’une part, et la volonté franchement affichée par les membres de la CEDEAO de s’affranchir du franc CFA au bénéfice d’une monnaie commune (ECO), loin d’être un handicap, peuvent constituer le début d’une émancipation définitive du giron françafricain. Les élites africaines s’emparent, enfin, de leur propre destin, ne craignant plus les diktats de Paris ou d’ailleurs. Globalement, les puissances occidentales devront commencer à faire l’apprentissage du respect et du dialogue d’égal à égal avec les pays africains. Tout comme ces derniers devront apprendre à s’abstenir de brader leurs ressources du sol et du sous-sol, sans transfert de technologie, sans industrialiser eux-mêmes la transformation de leurs matières premières. L’exemple marocain, de l’OCP à l’industrie automobile, constitue un terrain de benchmarking à cet égard.
En vérité, la lame de fond de l’effondrement de la présence française en Afrique a été perçue par le Maroc depuis belle lurette. Aujourd’hui, les parts de marché à l’exportation de la France sur le continent deviennent de plus en plus insignifiantes. Elles ne sont plus que de 7% ! A contrario, la valeur des exportations chinoises vers l’Afrique a été multipliée par plus de vingt, passant de 5 milliards de dollars en 2000 à plus de 110 milliards de nos jours. Le Maroc, quant à lui, est devenu second plus important investisseur africain sur le continent. La guerre russo-ukrainienne est enceinte de leçons. Elle a révélé l’épuisement politique, socioculturel, économique et géostratégique du Vieux Continent.
Face à la Chine et la faiblesse européenne, les États-Unis sont en train de réfléchir sérieusement aux opportunités qu’offre le continent noir. La course est déclenchée et les pays africains devraient revoir drastiquement leur rapport au monde.
C’est dire l’ampleur des possibilités offertes en Afrique dans le cadre d’une coopération soutenue empruntant la voie du win-win. Le Maroc l’a compris. Aux autres pays africains de faire même en saisissant, par exemple, la lumineuse Initiative atlantique du Royaume. Amen.
