Chronique
Objectif 6% de croissance : Le scénario devient crédible
Une bonne saison agricole peut ajouter jusqu’à deux points de croissance au PIB. Peu de politiques publiques, même les plus ambitieuses, produisent un impact aussi rapide.
Le Maroc entame 2026 avec un alignement macroéconomique rare : la pluie est de retour, les prix de l’énergie se détendent et l’investissement public est déjà à un niveau record. Pris séparément, chacun de ces facteurs est favorable. Agrégés, ils changent complètement la trajectoire de l’année.
Premier moteur : l’agriculture. Après plus de sept années de vaches maigres, les précipitations sont de retour, de manière massive et bien réparties sur le territoire. La campagne agricole s’annonce ainsi belle et joyeuse. Grandes cultures, maraîchage, fourrages : la machine repart. Pour l’économie marocaine, l’effet est connu, presque mécanique.
Une bonne saison agricole peut ajouter jusqu’à deux points de croissance au PIB. Peu de politiques publiques, même les plus ambitieuses, produisent un impact aussi rapide. Tant sur le plan économique que social.
Car l’agriculture irrigue bien au-delà des champs. Elle soutient l’emploi rural, alimente la consommation intérieure, stabilise des territoires entiers et allège la pression sociale sur les villes. Quand la campagne va bien, le pays respire mieux. Ce n’est pas qu’une affaire de statistiques, mais de psychologie, de confiance.
Deuxième moteur : l’énergie. L’année 2026 s’ouvre, selon le consensus du marché, sur une détente attendue des prix du pétrole et du gaz, portée par un excès d’offre sur les marchés internationaux et une demande mondiale moins tendue. Pour un pays importateur net comme le Maroc, les effets sont multiples et structurants.
Moins de pression sur les prix à la consommation, donc une inflation mieux maîtrisée. Une facture énergétique allégée, donc une balance des paiements qui se redresse. Et surtout, un budget de l’État qui respire, avec une charge de compensation (celle du gaz butane) moins lourde à financer.
À la clé, des marges budgétaires supplémentaires, sans hausse d’impôts ni endettement additionnel. Et pour les ménages, un pouvoir d’achat moins rogné par les prix à la pompe, le coût du transport et leur impact direct sur le panier du consommateur.
Troisième moteur, souvent sous-estimé : l’investissement public, qui passe de record en record. Avant même la pluie et l’énergie, le Maroc s’était engagé dans une trajectoire d’investissement exceptionnellement élevée.
Infrastructures de transport, équipements sportifs, logistique, eau, énergie, industrie, tourisme, villes… Les grands chantiers sont lancés, financés, visibles. Cet effort, à lui seul, portait déjà une croissance potentielle autour de 5%, selon les prévisions de Bank Al-Maghrib.
La nouveauté en ce début d’année, c’est que cet investissement massif ne joue plus seul. Il est désormais amplifié par des facteurs conjoncturels favorables. La pluie relance la saison agricole et renforce la demande intérieure.
L’énergie moins chère réduit les coûts et libère du pouvoir d’achat. L’investissement public, lui, assure le socle, la continuité, la visibilité sur le temps long.
Le résultat, c’est un scénario crédible de croissance entre 6 et 7%, sans surchauffe sur les prix, sans déséquilibre macro majeur, sans pari hasardeux… Une croissance saine, inclusive, qui sera ressentie par tous. Tous les astres semblent en tout cas alignés pour que ce scénario se réalise.
L’année 2026 commence bien. Non pas par un discours, mais par des faits. Et en économie, c’est souvent le meilleur des signaux.