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Chronique

Notre ami le président

Au Maroc, ce come-back de Trump est vu d’un très bon œil. Par les politiques, mais aussi par de larges couches du peuple qui perçoivent cet homme comme un grand soutien à la marocanité du Sahara.

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Trump est de retour à la Maison-Blanche. Qui l’eût cru ? Sorti KO des élections perdues contre Joe Biden en 2020, condamné au pénal et inculpé dans plusieurs autres affaires judiciaires, l’ex-président a réussi l’exploit de gravir une nouvelle fois les marches du pouvoir, du jamais vu aux États-Unis depuis le président Grover Cleveland (1893-1897), à la fin du 19e siècle.
Pour les États-Unis et le monde, c’est un changement énorme qui va s’opérer à partir de janvier prochain, date officielle de prise de pouvoir de Donald Trump.

Les défis internes pour le nouveau président américain sont multiples : lutter contre l’inflation, rebooster le pouvoir d’achat des Américains, freiner l’immigration clandestine, redynamiser l’économie du pays en misant sur une réindustrialisation protectionniste, mais surtout opérer cette très ambitieuse réforme de l’administration qu’il promet et dont il donnera les clés à son grand ami et soutien, Elon Musk. Homme d’affaires prospère, l’extravagant Mister Musk veut prouver qu’un pays comme les États-Unis peut fonctionner avec seulement dix administrations contre près d’un millier aujourd’hui.

Il veut révolutionner l’État en allégeant son poids dans le budget fédéral, dans l’économie, la société, libérer les énergies entrepreneuriales et redonner un coup de fraîcheur aux théories néolibérales anti-interventionnistes. Du succès ou de l’échec de cette politique dépendra l’avenir du monde, et du concept de l’État.
À l’international aussi, de grands changements sont à venir. Au Moyen-Orient, certes pas grand-chose, les administrations américaines, démocrates comme républicaines, sont un soutien indéfectible d’Israël. Avec Trump, seul le style de ce soutien changera. Avec un peu plus de clarté sur les objectifs de la guerre, et plus de pragmatisme sur la recherche d’une solution de paix durable.
On imagine bien qu’en bon businessman, il veillera à «closer» son deal du siècle entre Arabes et Israéliens. Ce qui suppose un arrêt au moins temporaire de la guerre à Gaza et au Liban, et une pression plus forte sur l’Iran des Ayatollahs pour réfréner ses ambitions expansionnistes dans la région.
Ce sera toujours ça de gagné.
Mais la grande nouveauté qui risque de changer la donne dans notre monde actuel est la position de Trump sur le conflit en Ukraine. L’homme n’a jamais adhéré au soutien apporté par les USA à Zelensky et estime que l’Amérique n’a pas à intervenir dans cette affaire européano-européenne.

Et si Washington lève la main sur ce dossier, on pourra déclarer la guerre finie. Pas bon peut-être pour Kiev et son gouvernement, mais pour le monde, cela permettra de pousser un grand ouf de soulagement, politique mais surtout économique, avec un net allègement des prix des produits alimentaires et énergétiques.

Du pain bénit pour tous les gouvernements du monde, affaiblis par ce monstre inflationniste, y compris le nôtre, au Maroc.
Et au Maroc, justement, ce come-back de Trump est vu d’un très bon œil. Par les politiques, mais aussi par de larges couches du peuple qui perçoivent cet homme comme un grand soutien à la marocanité du Sahara. Officiellement, notre diplomatie entretient de bonnes relations avec les deux camps, démocrates et républicains.

Trump avait certes reconnu de manière claire et directe la marocanité du Sahara en décembre 2020, mais l’administration Biden n’est pas revenue sur cette décision et a continué de soutenir le plan d’autonomie proposé par Rabat. Mais sans plus. Avec Trump, les Marocains espèrent que les actions promises par le président républicain à la fin de son premier mandat puissent maintenant se concrétiser.

On pense notamment à l’activation du consulat américain à Dakhla, resté inactif depuis son inauguration. Un geste qui appuiera de manière forte le décret présidentiel de la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur les provinces du Sud, et poussera d’autres États du monde, en Europe notamment, à faire de même.

Sans compter les milliards d’investissements que les Américains veulent injecter au Sahara dans des secteurs d’avenir, comme les énergies renouvelables, les mines, l’industrie des batteries électriques, le gazoduc Maroc-Nigéria et autres mégaprojets de l’initiative atlantique du Royaume.