Chronique
Modernité inchallah
Pendant longtemps, on a essayé d’attribuer le sous-développement de nos pays à l’Islam qui, selon quelques penseurs occidentaux, ne permettait ni la créativité ni l’éclosion des individualités. Petite revue de littérature de la relation entre la religion et l’économie.
Il existe des phrases dont la lecture fait mal. La brutalité de cette citation en est un exemple : «Le dogme musulman a eu des conséquences abrutissantes». Son auteur, Ernest Renan, voulait «démontrer» que l’attitude fataliste musulmane a enrayé l’esprit d’initiative, paralysé l’activité matérielle, plongé les pays musulmans dans la léthargie. Et il enfonce le clou de la provocation en affirmant qu’en interdisant le prêt à intérêt, élément moteur du capitalisme, le Coran aurait d’emblée placé les musulmans en état d’infériorité par rapport aux israélites ou aux chrétiens.
Colonialisme…
Il y a, bien évidemment, à boire et à manger dans sa «théorie» sur l’islam. Nous connaissons l’aversion qu’avait Renan pour l’Islam et les musulmans. Une aversion qui lui faisait affirmer, entre autres horreurs, que l’Islam et la modernité étaient incompatibles.
Entre nous, il est vrai qu’aujourd’hui encore, la question du sous-développement presque structurel des pays musulmans nous taraude tous. Nous pouvons essayer de nous raconter des histoires et de faire de la communication à outrance, mais la différence de développement et d’évolution entre les pays occidentaux et nous est criante.
Il existe, bien entendu, d’autres arguments que l’Islam. Le colonialisme ou l’absence de démocratie font aussi partie de l’analyse comparative, mais ce n’est pas le sujet ici.
«Affinités électives»
Dans le cas d’autres religions, Max Weber, dans son livre «L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme», repère ce qui lui semble être, selon l’expression de Goethe, des «affinités électives» entre le capitalisme moderne et une théologie protestante qui fait de l’accès à la richesse une marque de la reconnaissance de la gloire de Dieu. Weber établit un lien entre l’ascétisme des protestants et leur appropriation de l’esprit du capitalisme moderne en soutenant que les idées religieuses des calvinistes ont joué un rôle dans la création de l’esprit capitaliste… et donc du modernisme occidental.
Maxime Rodinson, qui s’est focalisé sur l’étude des structures socioéconomiques des sociétés musulmanes, explique dans son livre «Islam et capitalisme» que la religion islamique ne favorise ni le capitalisme ni le socialisme, bien qu’il ait été lui-même à la fois orientaliste et marxiste. Pour lui, les facteurs idéologiques ne sont ni premiers ni déterminants. L’Islam, certes, a exercé une très forte emprise sur les esprits, mais, dans la pratique, les prescriptions canoniques en ont été progressivement adaptées à l’état des sociétés. Et pour compléter le topo, alors que Karl Marx considérait la religion comme l’opium du peuple, un outil utilisé par les sociétés capitalistes pour perpétuer les inégalités, Max Weber pensait que la religion pouvait être une force de changement social.
Je ne penche ni pour l’un ni pour l’autre, mais je me dis que puisque la religion est là, et bien là, présente et ancrée, j’aimerais croire à l’affirmation de Max Weber que la religion peut être une force de changement social.
Alors, faisons en sorte que l’Islam nous aide à faire évoluer notre société vers ce qui est le mieux pour nous tous.
La base de l’économie repose sur la confiance, la rigueur et l’amour du travail bien fait. Nous avons tout ça dans notre religion, puisque la tricherie, le vol, le mensonge… sont haram. Et si nous décrétions et intériorisions que le travail mal fait conduit directement en enfer, nous gagnerions peut-être en efficacité et en sincérité. C’est l’intention qui compte. La Culture est la solution.
