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Chronique

Missiles, marchés et profits

La guerre détruit la richesse. Mais elle redessine aussi brutalement les secteurs qui deviennent stratégiques. Et les marchés, fidèles à leur logique, ne regardent jamais longtemps la bataille.

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Pour les investisseurs et boursicoteurs marocains, la guerre ressemble parfois à un match de Ligue des champions regardé depuis son canapé. Sur les écrans de Wall Street, de Londres ou de Paris, les marchés s’agitent, les cours bondissent, les fortunes se font et se défont en quelques heures. Ici, on observe surtout le spectacle.

La réglementation des changes limite encore largement la capacité d’investir librement sur les marchés internationaux. Nous assistons donc à ces mouvements comme on regarderait un grand match européen : fascinant, spectaculaire, plein de rebondissements…, mais à distance. Et puis, parfois, on quitte l’écran pour aller voir le football local.

Un match de Botola au stade Mohammed V, par exemple. L’ambiance est là, les supporters aussi, mais le rythme est souvent plus lent, le jeu plus haché, le suspense plus rare…

La Bourse mondiale, elle, joue dans une autre division. Et nous Marocains, passons encore une fois à côté de belles opportunités d’investissement, de gains, de profits. Même en temps de guerre.

Prenez la guerre actuelle au Moyen-Orient. Sur le plan humain, c’est une tragédie. Sur les marchés financiers, c’est, disons-le avec le flegme un peu glacé des traders, une information éco-nomique.

Quand un conflit éclate, la première réaction est presque automatique : les investisseurs deviennent prudents, les indices reculent, les valeurs refuges attirent les capitaux. Mais cette phase dure rarement longtemps.

Très vite, les marchés se remettent à faire ce qu’ils savent faire de mieux : chercher les gagnants. Car la guerre détruit des activités, mais elle en rend d’autres soudain indispensables, lucratives.

Le premier secteur qui réagit est presque toujours l’énergie. Chaque tension géopolitique ravive la crainte d’une perturbation des approvisionnements mondiaux. Les détroits stratégiques, les pipelines et les terminaux pétroliers deviennent soudain des points névralgiques de l’économie mondiale.

Et lorsque l’énergie devient une question stratégique, les compagnies pétrolières redeviennent, elles aussi, des actifs stratégiques. Leur valeur monte et avec les profits de ceux qui misent dessus.

La défense suit naturellement. Les guerres ont un effet direct sur les carnets de commandes des industriels de l’armement.

Les budgets militaires augmentent, les États sécurisent leurs approvisionnements, et certaines entreprises voient leur visibilité financière s’étendre sur plu-sieurs années.

Les matières premières constituent un troisième canal de profit. Les conflits perturbent les routes commerciales, ralentissent les exportations, créent des tensions sur certaines ressources agricoles ou industrielles. Les marchés, eux, anticipent ces déséquilibres bien avant qu’ils n’apparaissent dans les statistiques.

Mais la guerre moderne ne se joue plus seulement avec des chars et des missiles. Elle se joue aussi avec des algorithmes. Les conflits récents ont montré l’importance des drones, de l’analyse d’images satellites, de la cybersécurité ou encore des systèmes de ciblage assistés par intelligence artificielle. Autrefois, la guerre faisait monter les fabricants de tanks.

Aujourd’hui, elle peut aussi faire monter les fabricants de puces et d’algorithmes. Tout cela peut sembler cynique. Et d’une certaine manière, ça l’est. Les marchés ont cette capacité très britannique à observer les événements les plus dramatiques avec un sang-froid presque clinique.

Ils ne jugent pas les événements. Ils en mesurent les conséquences économiques. La guerre détruit la richesse. Mais elle redessine aussi brutalement les secteurs qui deviennent stratégiques. Et les marchés, fidèles à leur logique, ne regardent jamais longtemps la bataille.

Ils regardent surtout où se trouvent les profits. Pour l’instant, ils se trouvent à l’international, dans les secteurs et les valeurs que la guerre fait revivre…, loin de la tour de verre de l’avenue des FAR.