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Chronique

Les véritables leçons de la pantalonnade de Sebta

Sebta révèle les persistances d’un vieux réflexe colonial espagnol, entre tensions migratoires, souveraineté et rapports de force actuels.

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Maintenant que les émotions provoquées par la pantalonnade de Sebta commencent à s’émousser, séparons-en le grain de l’ivraie et, surtout, contextualisons pour y voir clair.

De quoi s’agit-il véritablement? Tout compte fait, il ne s’agit nullement d’une «invasion» massive d’un «territoire européen», mais bel et bien d’un «déplacement» d’habitants de plusieurs points de notre territoire vers un point de ce même territoire, Sebta étant une ville marocaine bel et bien occupée.

Il ne s’agit donc aucunement d’une émigration «sauvage» du continent africain vers l’Europe, ou alors il faudra renier jusqu’aux évidences de la science géographique ! D’ailleurs, il y a lieu de se féliciter du fait majeur que le monde entier sait que l’Espagne occupe encore aujourd’hui, en 2026 !, deux villes africaines, distinctement situées hors d’Europe.

Sebta n’est pas une porte de l’Europe, c’est un sas fermé situé dans le continuum territorial marocain. Et l’on demande à notre pays de défendre une frontière qu’il ne reconnaît pas !

Pourtant, grâce au «containment» économique accompli par le Maroc, Sebta et Melilia n’ont plus aucun intérêt économique ou stratégique pour l’Espagne. Leur seul intérêt est réduit aujourd’hui à une carte électorale dont se saisissent tour à tour la droite, l’extrême droite, la gauche et l’extrême gauche espagnoles.

Au point où, par ce prisme colonial, certains sondages établissent que 70% des Espagnols considèrent le Maroc comme un pays ennemi ! Un exemple de travestissement d’une situation hégémonique où l’on prête au colonisé les pires intentions.

Pourtant, à ce jour, l’Espagne bloque l’émancipation du Maroc par les airs, la mer et sur terre. Sinon, pourquoi ne transfère-t-elle toujours pas le contrôle du ciel saharien au Maroc ? Pourquoi ne valide-t-elle toujours pas la frontière entre les eaux territoriales sahariennes et les îles Canaries ?

En cela, l’Espagne demeure toujours dans la zone grise concernant l’affaire saharienne. Le «clou de Joha» y est toujours planté. La loyauté promise en 2022 par Pedro Sanchez à notre Souverain lors d’un certain ftour ramadanesque tarde à venir.

Cette appétence coloniale semble indéracinable. Comment oublier l’attitude vorace d’Aznar à la vue d’un groupe minuscule de moghaznis sur l’île-rocher de Layla ? Oubliera-t-on un jour le spectacle ridicule d’un Sanchez accourant derrière Trump au lendemain de la reconnaissance américaine du Sahara marocain, afin de le persuader de revenir sur cette reconnaissance ? Oubliera-t-on facilement l’abracadabrantesque épisode Ben Battouch ? Quid des manœuvres militaires récurrentes, comme celles de mai 2025, qui viennent intimider notre pays, notamment à Sebta ? Quid encore des rapports incestueux tissés avec Alger sur le dos du Maroc ?

Je fais partie de ceux qui croient que l’Espagne n’est pas encore guérie de sa pathologie coloniale à l’encontre du Maroc. La France profonde non plus.

D’ailleurs, de la Bataille d’Isly, il y a 182 ans, quasiment jour pour jour (14 août 1844), à l’opération Écouvillon (10 au 24 février 1958), en passant par Anoual (22 juillet-9 août 1921), puis la reddition de Ben Abdelkrim Al-Khattabi (27 mai 1926), l’Espagne et la France n’ont lésiné sur aucun moyen militaire, diplomatique, financier, administratif, sur aucune fourberie juridique ou cartographique, pour séparer l’ex-Empire chérifien de sa profondeur saharienne et subsaharienne.

On dirait le phalangisme de José Antonio Primo de Rivera toujours vivace dans le regard que portent sur notre vieux pays les forces politiques espagnoles, fussent-elles prétendument de gauche !

Le Maroc nouveau leur est toujours insupportable. Idem pour l’État profond français et ses relais médiatiques. L’adjonction de territoires marocains à l’Algérie par la France s’est produite de manière progressive au XIXe et au XXe siècle par des tracés unilatéraux et des décrets coloniaux.

Parallèlement, depuis qu’Emilio Bonelli, officier raciste espagnol, a planté le drapeau espagnol à Dakhla en 1884, en passant par l’occupation de Laâyoune en 1934, l’Espagne a fait sa cruelle part de dépeçage de l’ex-Empire chérifien.

Revenons maintenant aux faits. Nous savons que cette ruée vers Sebta a été pour le moins favorisée par les brigades électroniques algériennes.

Certes. Mais il y a un gros problème de la jeunesse que l’actuel gouvernement n’a jamais nié. Il a pour nom les NEET. La désintoxication de la jeunesse de son obsession migratoire passe par le règlement de ce problème.

Néanmoins, la responsabilité des familles est indéniable dans cette affaire. Cessons la sacralisation de l’irresponsabilité du peuple et le culte du jeunisme face à des gamins déboussolés ! Définissons une politique crédible et cohérente envers les jeunes, mais commençons par revoir les bases d’une éducation rigoureuse à la responsabilité !

Le Maroc n’est pas parfait. Toutefois, il sait où il va. Il a une ambition que ne cesse de servir une Vision. Ce sont cette ambition et cette vision que certaines puissances de notre proche ou lointain voisinage veulent compromettre à n’importe quel prix et de n’importe quelle manière !

Tout compte fait, Sebta ou pas, nous demeurons pour les deux ex-fauves coloniaux des «orientaux» particulièrement sentimentalistes dont on peut continuer à se jouer au moyen de formules aimables, voire fraternitaires fugaces.

Nous aussi «aimons» l’Espagne. Mais cela empêche-t-il de lui dire que si elle veut des enfants pour booster sa démographie, elle n’a qu’à les engendrer elle-même sur son propre sol ? Est-il interdit de lui conseiller de chercher un autre concierge que le Maroc pour protéger ses «authentiques» frontières ?

Oui, nous aimons une Espagne sincèrement convertie à l’équité entre voisins, non celle des phalanges tapies au fond d’un mental néocolonial et condescendant !