Chronique
Les Marocains et la bosse des maths
Au Maroc, contrairement à beaucoup d’autres pays notamment développés, les maths sont perçues comme un ascenseur social par excellence. Pour les familles donc, être bon en maths assure à leur progéniture un bel avenir.
La capitale du Qatar, Doha, a abrité du 10 au 14 novembre les Olympiades arabes des mathématiques. Quatre candidats marocains y ont participé. Et ils ont tout raflé : une médaille d’or, une médaille d’argent et deux médailles de bronze.
Une performance presque banale pour le Maroc, pays qui n’a cessé depuis de nombreuses années de s’illustrer dans les grandes compétitions internationales de maths, où les collégiens et lycéens du Royaume finissent toujours sur le podium.
Mais qui surprend ailleurs, chez nos amis des pays arabes, en Europe, aux États-Unis, où plusieurs articles de grands journaux et stories web se sont récemment penchés sur ce mystère marocain de la bosse des maths, phénomène qui fascine, interroge et fait envie en même temps.
Surtout depuis que les Marocains ont investi massivement tous les champs possibles ouverts par cette discipline : grandes écoles d’ingénieurs en France, où ils forment souvent le plus grand contingent d’étrangers, grandes banques européennes, anglaises et américaines où les algorithmes de trading et de gestion des risques portent souvent une empreinte marocaine, grands cabinets de conseil qui recrutent en masse nos jeunes matheux pour leur talent dans l’Analytics, l’IA, la recherche opérationnelle…
Comme pour le foot où nos jeunes ont une facilité technique, un peu à la brésilienne, y aurait-il chez les Marocains un «gène» des maths, qui les rendraient «naturellement» plus performants ? La réponse, nous sommes allés la chercher chez des spécialistes.
Et ils sont tous unanimes : d’abord, ce phénomène de la bosse des maths au Maroc n’est pas nouveau, et date des premières années post-Indépendance où le pays avait besoin de former une nouvelle élite pour construire et diriger le pays.
Preuve en est le nombre d’ingénieurs qui sont passés par les différents gouvernements qui se sont succédé depuis les années 1960. Et cela n’est pas dû, contrairement au mythe, à une spécificité marocaine ou à une prédisposition du Marocain à exceller dans les maths.
Un jeune élève marocain n’a rien de spécial par rapport à un Tunisien, un Égyptien, un Sud-Africain, un Français ou un Argentin. Tous ont, au départ, les mêmes gènes, le même cerveau, les mêmes capacités. Mais la différence, toute la différence, réside dans le mobile et la méthode.
Au Maroc, contrairement à beaucoup d’autres pays notamment développés, les maths sont perçues comme un ascenseur social par excellence. Pour les familles donc, être bon en maths assure à leur progéniture un bel avenir.
Ce qui les pousse le plus souvent à s’y investir très tôt, dès le primaire ou le collège, en dopant leurs enfants à coup de cours particuliers et de travail acharné. Et ce quel que soit le niveau social des familles.
Deuxième élément qui compte : le programme enseigné dans nos écoles, publiques comme privées.
Par rapport à la majorité des pays, notamment européens, le programme marocain est assez costaud, puisque l’élève en sciences maths aborde dès les premières années du lycée des concepts qui vont au-delà des notions de logique, de suites, de fonctions ou de probabilités, pour toucher au côté le plus complexe de la discipline : l’abstraction arithmétique et géométrique.
Ce qui fait qu’un élève en terminale dans un lycée public à Béni Mellal, Errachidia, Casa ou El-Jadida sera très à l’aise avec les espaces vectoriels, les notions de morphisme, de groupes, d’anneaux… Des concepts qui ne sont abordés aux Émirats, en Arabie saoudite, en France, en Espagne ou même aux États-Unis qu’après le bac…
Et c’est là qu’on peut parler d’une véritable «école» marocaine des mathématiques, où la motivation des élèves et de leurs familles, conjuguée à la qualité et la robustesse des programmes, constituent le «facteur X» qui fait toute la différence.