Chronique
Le train sifflera trois fois, un nouveau palier sur les rails
L’idée qui germe depuis quelque temps est que le Maroc puisse substituer L’import de ses besoins de l’étranger, en créant une industrie locale de fabrication de trains, de la simple rame de tramway à la locomotive d’une ligne à grande vitesse.
Ce n’est pas le titre du célèbre Western américain de Fred Zinnemann, mais l’histoire d’un Maroc qui importait tous ses trains et va commencer à en fabriquer avant 2030 pour ses propres besoins, avant de faire monter en puissance son industrie pour exporter ses locomotives un peu partout dans le monde.
C’est aussi l’histoire d’une industrie naissante, qui nous rappelle celle de l’automobile au début des années 2000, mais qui se développera à grande vitesse au vu des grands besoins du Royaume en ferroviaire : renouvellement des lignes actuelles, nouvelles lignes à grande vitesse, rames de tramways et RER pour la mobilité urbaine à mettre sur les rails avant la Coupe du monde….
Écosystème
Aujourd’hui, au vu de l’urgence, le Maroc fait comme d’habitude, lance des marchés internationaux, importe ses besoins de l’étranger et confie les travaux d’installation et de maintenance à des acteurs internationaux et locaux.
L’idée qui germe depuis quelque temps est de substituer cet import, en créant une industrie locale de fabrication de trains, de la simple rame de tramway à la locomotive d’une ligne à grande vitesse. Ce n’est pas un rêve en couleurs, puisque cette industrie existe déjà, avec la présence d’un acteur mondial dans le domaine, dans une ville qui est appelée à devenir le futur centre industriel du ferroviaire au Maroc: Fès.
Et c’est autour de cet acteur mondial que tout un écosystème est actuellement en train d’être monté pour arriver, d’ici à 2030, à produire un train made in Morocco, avec un taux d’intégration assez élevé.
De nos discussions avec quelques responsables de cet industriel qui espérait depuis longtemps que l’État concrétise cette ambition pour lui permettre de monter en force, le choix du Maroc et de Fès n’est pas fortuit.
Cette région, à la longue tradition industrielle, est aujourd’hui une des plus compétitives du monde en termes de ferroviaire, disposant d’un grand bassin d’emploi, fait d’ingénieurs et de techniciens bien formés, et d’une connectivité fluide, avec des liaisons directes et proches de tous les grands points logistiques du Royaume.
Fès se replace
Demain, l’ONCF n’aura plus besoin d’importer ses rames de trains ni celles des LGV qui sont programmées pour l’après-2030. Idem pour toutes les SDL ou mairies de nos villes qui veulent se doter de rames de tramways ou de RER pour fluidifier la mobilité urbaine.
L’ambition paraît grande, voire irréaliste. Mais elle est réalisable, voire évidente pour tous ceux qui gravitent autour de l’écosystème du ferroviaire au Maroc, mais aussi à l’international.
Car ce que le Royaume propose aux grands fabricants mondiaux, européens et asiatiques notamment, ce n’est pas seulement la production pour un petit marché marocain, aux grands besoins certes, mais pas suffisamment large pour justifier de lourds investissements, mais une plateforme compétitive pour exporter leurs rames vers l’Europe et surtout vers un continent africain où la demande en équipements ferroviaires va exploser dans les prochaines années, évolutions économiques et démographiques obligent.
Alors oui, le train du Maroc sifflera trois fois et tirera avec lui un secteur industriel naissant, capable de créer des centaines de milliers d’emplois et plus de valeur ajoutée pour l’économie du pays. Tout en redonnant une nouvelle vie à Fès qui, après avoir perdu ses joyaux industriels dans les années 1990, pourra se replacer au centre de la carte économique du Royaume.