Chronique
Le Maroc, Trump et les énergies renouvelables
Les slogans passent, les humeurs aussi, surtout celles de présidents au mandat limité. Mais les stratégies, elles, demeurent. Pour le Maroc, l’énergie verte n’est ni un luxe ni une mode. C’est un choix rationnel, une question de survie.
Le coup de tonnerre est venu de New York. À la tribune des Nations unies, Donald Trump a une nouvelle fois martelé son credo, mais cette fois avec une vigueur particulière : «Le climat est une arnaque», «l’énergie verte mène à la faillite».
Le message visait d’abord les Européens, accusés d’être de «mauvais gestionnaires», mais il concerne aussi des pays comme le Maroc. Et ces déclarations ne sont pas à prendre à la légère. Pourquoi ? Parce que nous misons beaucoup sur les énergies renouvelables : le vent, le soleil, l’hydrogène vert…
Parce que nous avons bâti une stratégie financée à coups de milliards pour assurer notre indépendance énergétique. Parce que nous visons déjà 52% de renouvelables dans notre mix électrique en 2030 et près de 80% à plus long terme. Et parce que nous comptons sur des capitaux internationaux, y compris américains, pour financer cette transformation et les infrastructures qui vont avec.
Un signal politique de cette ampleur, prononcé devant le monde entier, n’est jamais neutre : il peut refroidir des comités d’investissement, renchérir le coût du capital et ralentir des chantiers.
Trump réduit les investissements dans le vert à une simple posture idéologique, écologiste, wokiste. Dans certains pays, il n’a pas tort. Mais pas chez nous. Le débat marocain sur les énergies renouvelables est tout sauf politique.
Si nous investissons massivement dans le solaire, l’éolien et désormais l’hydrogène vert, ce n’est pas pour «faire joli» dans les brochures de la COP ni pour se donner une image écolo. Le wokisme est loin d’être un mobile économique ou politique dans notre si cher Royaume.
Nous sommes un pays sans pétrole, sans gaz, qui doit sécuriser son avenir énergétique. C’est une question de survie.
Trump peut bien répéter que ce modèle conduit à la faillite. Chez nous, c’est justement le pétrole qui nous a souvent menés au bord du gouffre.
Chaque flambée du baril, souvent provoquée par des crises ou des guerres où Washington n’était pas étranger, a fait exploser nos budgets, creusé nos déficits et plombé notre balance des paiements. Ici, la faillite ne vient pas du solaire ou de l’éolien, mais du pétrole, du charbon, du gaz.
C’est pour sortir de ce piège que Rabat s’est fixé un cap ambitieux en misant sur les énergies renouvelables et en structurant une offre d’hydrogène vert destinée à l’export. Derrière cette stratégie, il y a une conviction forte : Nos ressources solaires et éoliennes peuvent alimenter nos usines, nos villes, nos campagnes, mais aussi celles de l’Europe.
Alors oui, le discours de Trump risque de refroidir certains investisseurs américains, compliquer l’accès à certains financements. Les fonds américains, et ceux qui suivent leurs orientations, pourraient fermer le robinet de la green finance. Mais le Maroc n’est pas sans alternatives.
L’Europe, elle, a besoin de l’énergie verte marocaine : pour sécuriser son mix, préserver son industrie et réduire sa dépendance au gaz russe ou moyen-oriental. Des investisseurs britanniques, du Golfe, d’Asie ou d’Afrique voient déjà que miser sur le soleil du Sahara et le vent de l’Atlantique est un pari rentable à long terme.
Le Maroc ne doit donc pas perdre le nord face à cette attaque politique contre les renouvelables. D’autant que ces dernières ne sont pas qu’un outil d’export pour nous.
Elles sont avant tout une assurance-vie pour notre économie. Produire localement une électricité plus stable, moins dépendante des humeurs du baril, c’est sécuriser notre industrie, protéger notre balance commerciale et renforcer notre souveraineté. À terme, des filières entières (acier, chimie, automobile, agroalimentaire…) seront plus compétitives parce qu’elles tourneront au solaire et à l’éolien.
Les slogans passent, les humeurs aussi, surtout celles de présidents au mandat limité. Mais les stratégies, elles, demeurent. Pour le Maroc, l’énergie verte n’est ni un luxe ni une mode. C’est un choix rationnel, une question de survie.
