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Chronique

Le Maghreb et le Maroc face au libertarisme triomphant

Le Maroc dispose des atouts lui permettant de s’adapter à cette révolution universelle qui exècre le blablatage idéologique hérité de l’ère pré-numérique. À savoir la solidité de son front intérieur et la symbiose entre sa monarchie et son peuple.

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Dans mon dernier livre «Le Maroc et sa modernité» (2020), j’ai esquissé les contours du monde nouveau sorti de la matrice de la mondialisation. Qu’on le nomme postmodernité ou l’ère post-démocratique, notre monde détricote tous les jours les fondamentaux de la modernité assise sur la démocratie et le respect des droits humains.

Les lignes rouges qu’on avait laborieusement mises en place à la faveur de la Révolution française et l’émergence américaine au 18e siècle cèdent les unes après les autres pour faire place à la guerre des parts de marché, à la financiarisation tous azimuts, à la dérégulation systématique et systémique, à l’immédiateté fulgurante, au national-populisme et à la mise à mort des structures intermédiaires traditionnelles.

Bref, un monde périlleux, tragiquement débarrassé des garde-fous éthiques qui ont longtemps préservé l’humanité de ses pires démons. C’est un monde où il n’y aura plus de place pour la vieille Europe dorénavant infestée de chauvinisme et de déficits abyssaux.

Si l’on ajoute à tout cela les dérèglements climatiques avec leurs lots de sécheresse endémique, de cyclones, d’inondations et de flux migratoires dantesques, on mesure la dangerosité de notre monde devenu plus que jamais cauchemardesque et, à maints égards, apocalyptique.

Face à ce monde où les sociétés et la nature sont de plus en plus débridées, les superpuissances ont élu pour «package de survie», chacune à sa manière, le chacun-pour-soi et la loi du plus fort.

Si la Russie y est allée franco contre ses propres ex-satellites tentés par le parapluie de l’OTAN, et si la Chine avale goulûment les parts de marché naguère sanctuarisées par l’Occident, les États-Unis usent et abusent de chantage à l’encontre du reste du monde, ne s’embarrassant d’aucune ligne rouge juridique émanant de leur propre Constitution ou a fortiori du droit international.

De plus, après avoir contaminé l’Europe du wokisme qui a détricoté ce qui reste des valeurs héritées des Lumières, ils reviennent, sous le pilotage musclé du duo Donald Trump/Elon Musk, avec une bannière étoilée teintée du libertarianisme le plus sordide.

Quid de notre devenir de Maghrébins face à de tels périls ? Aucune possibilité de mutualisation des atouts au sein d’une Afrique du Nord apaisée et prospère n’est envisageable à court ou moyen terme. En effet, chacun sait que la Libye n’est pas près de se remembrer pour devenir un acteur maghrébin crédible.

Ne parlons pas de la Tunisie qu’un rescapé du national-arabisme le plus débile a plongée dans le non-destin. Quant aux bras cassés qui rapinent gaillardement à Alger, ils rechignent encore à entreprendre le début du commencement de la construction d’un État-nation digne de ce nom.

La rente mémorielle érigée en doctrine politique, ils tiennent au confort des «antiquités idéologiques» de la bipolarité d’antan. Restent donc le Maroc et la Mauritanie.

Si cette dernière, récemment élue au club des nations gazières, s’emploie depuis quelque temps à se soustraire à l’épée de Damoclès algérienne pour s’insérer dans le mégaprojet du Gazoduc Nigéria-Maroc et «l’Initiative Atlantique» proposée par Mohammed VI, le duo Tebboune et Chengriha, lamentablement placé à équidistance entre la malfaisance et la débilité, ne cesse de creuser le hiatus entre le tempo de notre monde et la léthargie chronique à laquelle le régime a été voué depuis l’émergence de l’Algérie indépendante à la surface du globe en juillet 1962.

Si les forces vives marocaines s’emploient à négocier des tournants existentiels touchant à l’«État social», au droit de statut personnel ou au développement inclusif, le régime algérien des bidasses ne sait plus où donner de l’échec, puisque la tête, elle, surtout bien faite, il n’en a jamais eu une.

Et pour cause. N’a-t-il pas accompli l’exploit de se quereller avec la quasi-totalité de ses voisins, sans compter ses principaux partenaires économiques, à commencer par la France et l’Espagne ? Seule la Tunisie échappe, pour le moment et moyennant une dégradante soumission, à ses pulsions belliqueuses.

Aurait-il voulu, sous une gouvernance moins psychopathique, collectionner un tel cocktail de casus belli en si peu de temps qu’il n’y serait pas parvenu. Mais, pour paraphraser Clémenceau, «la politique est une chose trop grave pour la confier à des militaires».

Pendant ce temps-là, le Maroc s’active à mettre ses infrastructures portuaires, aéroportuaires, ferroviaires et routières à un niveau jamais atteint par un autre pays africain ! La dernière réalisation en date qu’est la Voie express Tiznit-Dakhla s’insère dans le vœu réaliste et ô combien vertueux de permettre la circulation des hommes et des marchandises par autoroute de Dakhla à Nouakchott et vice-versa !

Il y a là, comme c’est le cas de Tanger Med, Nador West Med ou Dakhla Atlantique, une volonté puissante de s’adapter aux dures réalités du Nouveau Monde où seules survivront les nations qui sauront s’adapter au libertarianisme, également appelé libertarisme.

Une conception de la vie ici-bas qu’imposent dorénavant les maîtres de la Planète dont Elon Musk et les autres leaders des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ne sont que les fidèles interprètes. Imaginé par Friedrich Hayek, Murray Rothbard et Israel Kirzner, ce monde sans pitié ne recule devant aucun bémol pour imposer le capitalisme dérégulé et la primauté de l’opportunisme entrepreneurial à la façon Trump.

Nul doute que le Maroc dispose des atouts lui permettant de s’adapter à cette révolution universelle qui exècre le blablatage idéologique hérité de l’ère pré-numérique. L’essentiel de ces atouts se rapporte à la solidité de son front intérieur et à la symbiose entre sa monarchie et son peuple. Là est l’invulnérabilité du Royaume !