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Chronique

Le journal d’un prisonnier

Trois semaines de prison, un livre, 200 pages. Une sentence plus longue aurait donné naissance à une encyclopédie, de redondances. L’exercice vaut toutefois la peine d’avoir été écrit et d’être lu.

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À la lisière entre littérature carcérale et communication politique, le livre de Nicolas Sarkozy annoncerait peut-être la naissance d’un nouveau «genre littéraire» : communication politique depuis la prison.

Une sorte de continuation du travail du prisonnier avant de rejoindre le milieu carcéral. Après tout, pourquoi pas ? Beaucoup d’autres prisonniers continuent également de gérer leurs anciennes activités à partir de la prison.

Une lecture enrichissante, quel qu’en soit le prix
J’avoue que j’ai hésité à acheter le livre. Pour plusieurs raisons, la première étant celle de rechigner à contribuer à l’enrichissement de la maison d’édition Fayard, propriété de Bolloré, tout comme CNews et le nouveau Canal+, entre autres.

La seconde est celle de ne pas avoir envie de contribuer au succès «populaire» du livre et donc à la popularité et la richesse, cette fois-ci de l’auteur, Sarkozy. On a les causes qu’on peut.

Et puis le prix, le livre coûte 21 euros. La qualité de la littérature proposée ne justifie pas le rapport qualité/prix.

À moins que ce ne soit pas la littérature carcérale de Sarkozy que l’on nous fait payer, mais notre curiosité de savoir comment un ex-président de la République peut vivre le retour à la case prison.

C’est le prix de notre «voyeurisme» qui n’en est pas un, puisqu’il s’agit de «contempler» un exhibitionniste qui veut bien se montrer.

Un exercice à reproduire chez nous
Toutefois, au-delà de la critique facile, l’exercice de l’auteur autant que l’effort du lecteur valent la peine. Il en restera toujours quelque chose, le lecteur apprenant de ce que l’auteur veut bien lui transmettre.

L’ex-président de la République française livre à partir de la prison son témoignage, ses découvertes, ses impressions et ses résolutions…

En même temps qu’il remercie ses soutiens, l’administration pénitentiaire et les professionnels de la santé de la prison éponyme, il n’oublie pas ses détracteurs et finit par donner un aperçu de ses penchants politiques futurs, sans oublier de revenir sur quelques éléments du procès. Et notamment sur le rôle originel de Mediapart, qualifiée par l’auteur d’«officine».

En transposant l’exercice dans nos contrées, je me mets à rêver que les nôtres écrivent pour transmettre et non pas «que» pour faire des éloges dithyrambiques, s’ils veulent être lus par tout le monde.

Après tout, quelle que soit la qualité de la littérature chez nous, beaucoup de choses se perdent dans l’oralité. Il est toujours intéressant de laisser des traces de son passage et de témoigner pour ses concitoyens et pour les générations futures.

Au-delà de la littérature carcérale, nous avons aussi besoin de transmission, de témoignages de femmes et d’hommes politiques, de résistants, de commis d’État, de responsables qui nous raconteraient la vie quotidienne des décisionnaires de chez nous.

Qui nous expliqueraient comment les décisions sont prises chez nous. Et qui nous diraient tout ce que nous ne savons pas et ne pourrions pas savoir sans les témoignages venus du dedans.

Peu importe la qualité littéraire, faisons comme le cinéma, produisons de la quantité, peut-être qu’il en ressortirait de la qualité, un jour.

N’oublions pas que Cervantes a écrit son « Don Quichotte » en prison. Et que la littérature carcérale trouve ses racines dans l’Antiquité avec les «Dialogues» de Platon, inspirés par la mort de Socrate en prison. Faut-il citer aussi Jean Genet, Louis-Ferdinand Céline, Oscar Wilde… ?

Bref, il nous faudrait plus d’auteurs et plus de lecteurs. La Culture est la Solution.