Chronique
Le détestable business français de «l’islamopsychose»
Après l’islamo-gauchisme, c’est au tour de l’«islamo-wokisme» de prendre la relève d’une chasse aux sorcières qui se refuse à dire son nom.
La France que nous avons tant aimée pour son vaste patrimoine humaniste, notamment les valeurs égalitaires qu’elle a inventées et promues à travers les arts, la littérature, la pensée philosophique et le droit, cette France-là est de plus en plus engloutie sous un colossal magma d’ethnocentrisme, de national-populisme et, à maints égards, de racisme. En témoigne la haine accrue du musulman dont se font l’écho les médias et les réseaux sociaux au point qu’on en est plus à l’islamophobie, déjà devenue banale et ne provoque plus la moindre indignation, mais à ce que Thomas Guénolé appelle «l’islamopsychose».
En vérité, la France est malade de son islam devenu sa deuxième religion en nombre de pratiquants après le catholicisme et sa troisième en termes de lieux de culte après le protestantisme. Le confort des certitudes de la vieille France bien blanche et chrétienne s’est démographiquement et socioculturellement retrouvé profondément compromis dès la fin des trente glorieuses. Si ces bouleversements sociologiques obéissent à des raisons intelligibles, leurs conséquences ont engendré un vaste pathos où se confondent phobie, angoisse, puis une espèce de psychose collective qui rappelle la sombre ère facho-populiste des années trente du siècle dernier. Le processus a connu une évolution inquiétante depuis quelques années : d’un intégrisme laïcard marqué par une exégèse rigoriste de la loi de 1905, on est passé à une libération totale de la parole raciste où le glissement sémantique a fait de l’islam le parfait synonyme de l’islamisme radical, de telle sorte que le mental collectif en vient à identifier le musulman, l’Arabe et l’immigré au jihadiste, voire au terroriste potentiel. La galaxie médiatique y a vu un business fortement bénéfique en termes d’audience. CNEWS, BFMTV et une foultitude de médias s’y sont engouffrés gaillardement sans réserve aucune. Le nombre de pamphlétaires, d’intellectuels, de politiques et d’experts autoproclamés qui ont fait de la fallacieuse «nocivité» du musulman et de l’islam une obsession maladive ne se compte plus. Les Gilles Kepel, Manuel Valls, Éric Zemmour, Michel Houellebecq, Bernard Rougier, Michael Walzer, Alain Finkielkraut, etc., ont aujourd’hui des centaines d’émules qui rivalisent de superlatifs anti-islamiques. De tout cet hallali de la Raison a résulté, écrit Mathieu Menghini, «une inflation législative doublée d’une insidieuse répression policière. Du hijab au burkini, des cantines scolaires aux lieux de prière, des réunions non mixtes aux attentats, existences et pratiques musulmanes – réelles ou supposées – obsèdent l’Hexagone. Sous couvert de républicanisme et de laïcité, les musulmanes et musulmans de France se voient discriminés et ostracisés». En un mot, la «musulmanité» est devenue bel et bien une injure. Après l’islamo-gauchisme, c’est au tour de l’«islamo-wokisme» de prendre la relève d’une chasse aux sorcières qui se refuse à dire son nom. Dieu sait de quel autre mongolien paradigme les forces de l’ethnocentrisme tapis derrière la laïcité ainsi dévoyée gratifieront l’entendement collectif de cette France devenue si méconnaissable !
Aux médias ayant pignon sur rue s’ajoutent dans la même veine des amas de plateformes fascistes. Des sites internet underground et des médias pure player d’extrême droite s’en font une spécialité: Fdesouche, Riposte laïque, Boulevard Voltaire, Novopress, notamment. Confondant la figure de l’Arabe, de l’immigré, du musulman, ils tentent, sous le thème de l’islam et la rhétorique pseudo-culturelle, d’ethniciser à tout propos le débat public. Robert Ménard, converti au dogme de la droite extrême, n’hésite pas à oser exiger le recensement des enfants issus de l’immigration dans sa ville !
Cette islamopsychose est devenue l’exemple même de la «pensée unique», en l’occurrence particulièrement inique, contre laquelle la Raison, naguère essentielle dans le corpus des droits humains inventés et promus par les Lumières, ne peut pas grand-chose. Même l’alignement systématique et systémique sur l’expansionnisme israélien commence à connaître un fléchissement notable, tandis que la défiance à l’encontre de la deuxième religion de France s’accroît crescendo. À telle enseigne que l’on s’apprête à administrer un coup mortel au principal fondement de la République qu’est le droit du sol !
Aussi, n’en sommes-nous plus tellement loin de la détestable littérature facho-populiste du livre de chevet de Marine Le Pen, «Le Camp des Saints» d’Alain Soral, le théoricien du funeste «grand remplacement». Tout cela n’augure rien de réjouissant à l’horizon du rendez-vous électoral de la présidentielle de 2027.
Cette situation délétère, qui défie la réalité socioculturelle tangible de la France dorénavant coloriée, est avant tout le fait d’une opinion publique profondément intoxiquée par un discours médiatico-politique lui-même né de l’effondrement des courants républicains de gauche comme de droite. Au point que plus de 70% des Français affirment, selon IFOP, que «l’islam est structurellement incompatible avec la République», alors qu’un sondage IPSOS atteste du fait que seuls 11% des musulmans de France sont pratiquants.
Les chantres de l’islamopsychose, authentiques «Bâtards de Voltaire» s’il en est, comme l’écrivit John Saul, n’ont rien à envier aux ténors du facho-populisme, notamment antisémite, Lucien Rebatet, Robert Brasillach ou Louis-Ferdinand Céline, même s’ils sont loin d’avoir leur talent littéraire. L’islam semble, en effet, remplacer «la juiverie» des années 30.
Pauvre France !
