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Chronique

La facture électronique à nos portes : Comment s’y préparer ?

Depuis que ce chantier a été véritablement activé en 2024, l’échéance de 2026 se rapproche, même si le décret d’application n’est pas encore publié.

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La facturation électronique est-elle un saut dans l’inconnu ou finalement la suite logique d’un processus engagé depuis que la Loi de finances 2018 en a posé les premiers jalons ? Une chose est certaine, la transition est désormais incontournable.

À l’international, la tendance est claire. La e-facturation devient le standard pour renforcer la transparence fiscale, lutter contre la fraude et automatiser les échanges.

La France l’imposera à partir de 2026 pour les grandes entreprises, puis en 2027 pour les PME et TPE.

L’Italie a déjà généralisé cette obligation depuis 2019 et constitue aujourd’hui une référence. L’Espagne, malgré une obligation prévue par la loi de 2022 de «création et croissance des entreprises», attend toujours la publication de son règlement technique d’application.

En Tunisie, la réforme a débuté en 2016 avec l’État et les grands contribuables, avant de s’étendre progressivement à des secteurs stratégiques à fort enjeu fiscal, comme le secteur pharmaceutique ou les hydrocarbures.

Une mesure obligeant certains établissements de restauration et de consommation sur place à enregistrer toutes leurs opérations au moyen de la facturation électronique vient, en outre, d’être publiée cette année.

Dans la majorité de ces pays, un même modèle s’impose : le modèle dit de “Clearance”, où les factures doivent transiter par une plateforme centrale publique pour être validées ou transmises.

Le Maroc a fait ce choix également. Depuis que ce chantier a été véritablement activé en 2024, l’échéance de 2026 se rapproche, même si le décret d’application n’est pas encore publié.

La mise en œuvre se fera progressivement, en commençant par les grandes entreprises, ce qui suscite déjà de nombreuses interrogations chez les dirigeants : Comment procéder, quels moyens mobiliser, quelles transformations attendre ?

Ce qui ressort des expériences internationales est que réussir cette transition ne s’improvise pas. Pour les grandes entreprises, une préparation en amont permet d’aborder cette évolution sereinement et d’en tirer un véritable bénéfice organisationnel.

La première étape consiste, au sein de chaque entreprise, à analyser son circuit actuel de facturation. Beaucoup fonctionnent encore, malgré leur taille, avec des processus manuels, des documents papier ou des tableurs Excel. Il faudra alors numériser l’ensemble de la chaîne, depuis l’émission des factures clients jusqu’à la réception et l’enregistrement des factures fournisseurs

Cette analyse doit s’accompagner d’une vérification approfondie des données, telles que les raisons sociales, identifiants fiscaux, coordonnées et adresses électroniques des clients et fournisseurs, pour éviter des rejets automatiques par la plateforme publique.

Au-delà de l’organisation, les outils devront suivre. L’entreprise devra s’assurer que son logiciel de facturation ou son ERP sera compatible avec la plateforme de la DGI, tout en mettant en place un archivage électronique sécurisé et conforme aux obligations légales.

La signature électronique deviendra très probablement un passage obligé pour garantir l’authenticité des factures. L’intégration avec les systèmes existants sera essentielle pour éviter de créer des silos et des doubles saisies.

La facturation électronique n’est pas un simple changement d’outil. C’est un changement de processus. Les procédures comptables et de contrôle interne devront être révisées, notamment en matière de rapprochements dématérialisés et de traitement comptable des identifiants uniques ou horodatages.

Dans ce domaine, l’intelligence artificielle jouera un rôle majeur, en facilitant l’extraction des données, les contrôles et l’automatisation des traitements.

Mais au-delà de la technique, cette réforme est d’abord humaine. Elle touche aux habitudes, aux méthodes de travail, à la culture organisationnelle.

Les entreprises qui réussiront seront celles qui accompagneront leurs équipes, communiqueront sur les bénéfices attendus, rassureront et impliqueront les acteurs concernés. Le gain de temps, la réduction des erreurs et des litiges, la traçabilité renforcée qui en découle constituent des leviers puissants d’adhésion.

Comme souvent, les grandes entreprises joueront un rôle moteur et entraîneront avec elles leurs partenaires, notamment leurs sous-traitants et fournisseurs. La montée en compétence du tissu économique marocain se fera ainsi progressivement.