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Chronique

La demande intérieure redécolle, et c’est une bonne nouvelle

Une croissance tirée par la demande intérieure, c’est-à-dire par le moteur national, pas par la météo des marchés mondiaux, signifie que le Maroc commence à s’émanciper partiellement de la conjoncture internationale.

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Il y a des indicateurs qui valent plus que mille discours. Quand le Haut-commissariat au plan annonce une hausse de 5,4% de la demande intérieure en 2025, et la poursuite de ce même trend en 2026, on ne parle pas simplement d’une ligne dans un tableau Excel. On parle de confiance, de revenu, d’un peuple qui recommence à croire en demain.

Car consommer, ce n’est pas juste dépenser. C’est espérer. C’est se projeter. C’est croire que le mois prochain, on pourra encore honorer les crédits, remplir le panier, ou s’offrir quelques petits extras…

Et dans un pays comme le Maroc, où les ménages avaient appris depuis la crise du Covid à se méfier, à reporter, à restreindre leurs dépenses, à cause de l’inflation galopante et des incertitudes sur le lendemain, voir la demande repartir est un signal fort. Peut-être même le meilleur qu’on ait eu depuis longtemps.

Ce rebond de la demande, bien sûr, ne sort pas de nulle part. Il est porté par la commande publique, les investissements massifs dans les infrastructures, les chantiers liés au Mondial 2030, aux projets hydriques, à la mobilité urbaine, à l’équipement du pays… L’État joue son rôle de locomotive, et ça fonctionne.

Mais ce serait une erreur de tout ramener à l’effet «bulldozer». Car si on lit bien les chiffres du HCP, la consommation repart aussi parce que des pans entiers de la population voient leurs revenus s’améliorer. Revalorisations salariales dans plusieurs secteurs, hausses du SMIG, aides directes aux plus démunis…

Les injections de revenus opérées par l’État commencent à montrer leurs premiers effets. Certes, ce n’est pas encore le ruissellement parfait, mais ça bouge…

Et c’est précisément ça qu’il faut saluer : une croissance tirée par la demande intérieure, c’est-à-dire par le moteur national, pas par la météo des marchés mondiaux, signifie que le Maroc commence à s’émanciper partiellement de la conjoncture internationale.

Qu’il est capable de tenir debout quand l’Europe vacille ou que la Chine ralentit, ou du moins à amortir les chocs externes par cette dynamique interne naissante de la demande. Le pays commence à écrire sa propre partition, même si elle reste encore fragile.

Bien sûr, cette dynamique doit être consolidée. Il ne s’agit pas de foncer tête baissée dans la relance par la consommation. Mais si les ménages marocains recommencent à consommer, c’est aussi parce qu’ils voient plus clair, plus loin, plus stable. Et ça, c’est le carburant principal de toute politique économique : la confiance.

Il faudra aussi veiller à ce que ce rebond ne soit pas étouffé par des hausses de prix mal contrôlées, par un accès au crédit trop difficile ou par une fiscalité qui comprime la classe moyenne ou les travailleurs. Mais pour une fois qu’on voit la lumière venir de l’intérieur, il serait dommage de ne pas en profiter.

La croissance par la demande intérieure n’est pas un luxe. C’est la forme de croissance la plus saine quand elle est bien canalisée. Celle qui profite aux commerçants, aux artisans, aux PME, aux producteurs locaux… Celle qui fait circuler l’argent, qui anime les territoires, qui raccorde l’économie réelle à la macroéconomie.

Alors oui, consommer, c’est espérer. Et un pays qui espère est un pays qui avance. Ces chiffres du HCP nous montrent quelque part que le Maroc ne se contente plus de réagir à ce qui se passe autour. Il commence à faire levier sur lui-même. Et ça, c’est peut-être la meilleure nouvelle de ce début d’été.