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Chronique

Il suffirait de presque rien

Et si nous prenions les critères d’une classe moyenne en tant qu’objectifs à atteindre. Ce serait une solution pour avoir une vision globale d’un avenir heureux pour le Maroc et les Marocains.

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Une blague raconte qu’une personne A demandait à une personne B combien elle gagnait par mois et combien elle payait pour son loyer, sa nourriture, l’eau, l’électricité, le téléphone, Internet, la scolarité de ses enfants… ? La réponse de B était que son salaire était de 5.000 DH par mois.

A revenait à la charge en demandant plus de précisions. B répondait que son loyer était de 2.000 DH par mois, qu’il payait 1.000 DH par mois pour la scolarité des enfants, 1.000 DH par mois pour l’habillement et, enfin, 1.000 DH par mois pour l’eau, l’électricité, le téléphone et Internet. L’ultime question de A était : mais que reste-t-il pour que vous achetiez à manger ? B répond: je mange le propriétaire.

«Manger son propriétaire»
La blague originale est en darija. En arabe dialectal, «manger le propriétaire» reviendrait à dire manger la part du propriétaire, c’est-à-dire ne pas payer son loyer. À chaque fois que quelqu’un racontait cette ancienne blague, il mettait à jour le montant du salaire mensuel en fonction du salaire minimum (SMIG) du moment.

Je me suis demandé si la personne qui m’a raconté répétait-elle la version qu’elle a dû entendre la première fois, il y a longtemps, ou bien a-t-elle choisi de garder un montant bas pour augmenter l’effet comique de la blague, par exagération ?

Je me suis donc sérieusement penché sur la recherche des renseignements concernant le salaire minimum au Maroc, sa création, son calcul, son évolution, les études qu’il a suscitées…

Le salaire moyen étant un des critères pour la définition de la classe moyenne, ma recherche a été dirigée vers celle-ci. J’avoue ma surprise quand je (ré)apprends que, selon une enquête réalisée par le Haut-commissariat au plan (HCP) en 2009, la classe moyenne au Maroc regroupait 53% de la population.

Soit plus de la moitié des Marocains. Et encore, la catégorie de classe moyenne aurait été de 84% si le HCP avait adopté, pour son enquête, les critères de la Banque mondiale. Nous serions donc très nombreux à appartenir à la classe moyenne.

La perception que l’on a de cette classe ne correspond pas à ces chiffres qui font effet de température ressentie en lieu et place de celle que mesure le mercure du thermomètre.

Malgré toutes ces considérations, ce résultat m’a rempli de joie, car il me fait appartenir à cette classe moyenne. C’est une fierté, même si en résumé l’on appartient à la classe moyenne quand on n’est ni dans celle des pauvres ni dans celle des aisés.

Sésame du bonheur
Il existe, bien entendu, d’autres critères qu’économiques pour essayer de définir la catégorie des classes moyennes. Même si l’essentiel tourne autour du pouvoir d’achat, des habitudes et des modes de consommation, l’accès à la propriété… Il y a aussi les dépenses accordées aux loisirs (voyages, spectacles, livres, sport…).

Je croyais qu’au-delà des critères énoncés, il y avait une espèce de «sésame» pour entrer dans la classe moyenne. Des diplômes, une culture générale, des pratiques culturelles, des capacités linguistiques…

En conclusion, il est heureux que nous soyons plus que la moitié des Marocains à appartenir à la classe moyenne. Il faudrait «juste» parfaire cette classe pour qu’elle devienne ce qu’elle aurait dû être depuis les origines.

Une marque de passage d’une société verticale de classe à une société horizontale de mérite, dans laquelle, comme dit Pierre Bourdieu, les classes moyennes sont identifiées à «la partie mouvante des stratifications sociales, la part mobile d’une ossature beaucoup plus stable qu’on ne le pense».

Allons-y pour que nous soyons plus nombreux à appartenir à la classe moyenne. Ce serait le signe d’un ascenseur social qui fonctionne. Pour y arriver, il faudrait que tous les Marocains aient les mêmes chances d’accès à une éducation de qualité, entre autres. Ce serait en même temps une vision et une culture. La Culture est la solution.