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Chronique

Faire preuve d’intelligence… artificielle

Le Maroc a certes manqué le coche de la généralisation du coding dans ses écoles, mais aujourd’hui notre pays a l’opportunité non seulement de rattraper son retard, mais aussi d’opérer un véritable bond technologique.

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L’intelligence artificielle est partout. Elle est tellement ancrée dans notre quotidien qu’on ne la remarque même plus. Elle est dans les recherches que nous réalisons sur internet, dans les photos et les vidéos que nous consultons sur le web, dans nos examens médicaux, dans les plans de certains édifices, dans les followers de nos réseaux sociaux et même dans la musique que nous écoutons ou certaines toiles que nous admirons. Face à cette énorme vague qui déferle sur notre vie privée et nos activités professionnelles, il y a principalement trois manières de procéder.

Nous avons d’abord ceux qui se plongent dans le déni et qui détournent le regard de la lame de fond qui va inéluctablement les emporter. Une attitude suicidaire qui les relègue dans les tréfonds de l’univers numérique.
Il y a ensuite ceux qui se prennent pour des superhéros, convaincus qu’ils ont le pouvoir de freiner ce mouvement irréversible. Et plus le temps passe, plus ils se rendent compte qu’ils ont sous-estimé l’ampleur du phénomène. À la dernière seconde, ils tentent de fuir. Mais il est trop tard. Les voilà emportés par le haut débit des flots de leur ignorance. Dans le meilleur des cas, ils survivront échoués sur les rives d’un monde parallèle au rythme d’un algorithme obsolète.

Et puis, il y a ceux qui ont compris en un éclair, sans forcément être des lumières, qu’il n’y a d’autre choix que de surfer sur cette tendance pour avoir ne serait-ce que la chance de rester en vie. Certes, le succès n’est pas garanti, mais l’échec n’est pas évident pour autant.

Au Maroc, on est à cheval entre la deuxième et la troisième option. Ainsi, dans les secteurs de l’audiovisuel, de la publicité et du numérique, 67% des professionnels interrogés considèrent qu’ils ne sont pas prêts à faire face aux bouleversements générés par l’IA. C’est ce qui ressort d’une récente étude menée par le groupe de travail «Régulation et médias numériques» relevant du CSCA et présidé par Narjis Rerhaye.

C’est dire l’ampleur du fossé qui se creuse avec les acteurs étrangers de ces différents domaines d’activité ayant déjà recours aux avantages offerts par cette avancée technologique. Un écart qui pourrait s’accentuer considérablement, vu le rythme auquel se développent les grands modèles de langage (LLM) et autres systèmes assimilés. Certains experts en la matière prédisent en effet que l’intelligence artificielle sera plus puissante que l’humaine à l’horizon 2030. Pas de quoi rassurer les 44% des sondés affirmant avoir peur du développement de l’IA.

Sans doute cela soulève quelques défis, en termes de réglementation, de transparence, de protection du public ou encore de respect des droits d’auteur, mais rien d’insurmontable.
D’ailleurs, dans son étude, le groupe de travail du CSCA préconise une série de mesures en ce sens, tout en insistant sur les dimensions «éducation et formation» à l’intelligence artificielle. L’éducation et la formation encore et toujours ! C’est de là que viendra le salut de notre pays dans ce domaine et dans bien d’autres.

Le Maroc a certes manqué le coche de la généralisation du coding dans ses écoles, mais aujourd’hui notre pays a l’opportunité non seulement de rattraper son retard, mais aussi d’opérer un véritable bond technologique. Il lui suffirait, pour ce faire, d’intégrer des modules dédiés à l’intelligence artificielle dès le primaire et dans le secondaire. De quoi doter nos enfants des outils nécessaires pour évoluer sans encombre dans le monde réel et virtuel. Une manière, s’il en est, de faire preuve d’une grande intelligence aussi artificielle soit-elle.