Chronique
D’une révolution à l’autre
Si l’Afrique a raté sa révolution industrielle, elle pourrait toujours, peut-être, monter dans le train de la révolution numérique. Jusqu’à quel point serions-nous prêts à y être embarqués ?
Internet ne nécessite pas de lourdes machines, de gigantesques usines et infrastructures, d’ingénierie lourde, de transformation de matières premières en produits de consommation courante…
L’essentiel de la matière première du digital réside dans la matière grise et la créativité qu’elle est susceptible de générer. L’Afrique a du potentiel pour ces deux ingrédients. Sauf que nous sommes en train de rater cette seconde révolution également. Les majors d’internet se situent toujours dans les mêmes pays du «Nord global» : États-Unis, Canada, Europe, Japon, Australie… C’est-à-dire dans les pays qui avaient déjà réussi leur révolution industrielle.
Rêves du Sud et réalités du Nord
Au Sud, nous continuons à nourrir des rêves de prospérité et de développement avec des discours «prometteurs». De la communication ou de l’autopersuasion, mais toujours pas de résultats probants. Pire que ça, faute d’exercice récurrent d’évaluation, nous n’arrivons même pas à retenir les leçons pour engager l’avenir sans répéter les mêmes erreurs du passé.
Pour la révolution industrielle, tout comme les minerais dont l’Afrique a toujours été riche, le problème réside dans le ratage de leur transformation qui confère la valeur ajoutée aux produits qui en sont issus. Et que les Africains rachètent au prix exorbitant, laissant par-là la richesse toujours au Nord, dans les pays qui maîtrisent cette transformation.
Pour la révolution digitale, nous continuons de répéter les mêmes erreurs. En persistant dans la dilapidation des deux matières premières (jeunesse et créativité). Les meilleurs d’entre nous partent ou rêvent de partir vivre dans des contrées mieux organisées pour leur permettre de faire de leur passion leur métier. Et qui leur permettent une plus grande liberté de création et d’expression.
Au fond, c’est de structure qu’il s’agit
Au final, il s’agit du même ratage. Nous avions les ingrédients pour réussir la révolution industrielle, mais nous les vendons à vil prix à des pays qui nous les revendent au prix le plus cher. Pour le digital, la première des matières premières – pardon pour la redondance – est la jeunesse. L’Allemagne et la France rêveraient d’avoir nos pyramides inversées des âges avec une majorité de jeunes à la place de leurs démographies vieillissantes. Mais ces pays continuent à prospérer, car ils réussissent toujours à attirer nos jeunes en leur fournissant la structure qui leur permet de transformer le «jus de cerveau» en créativité. Celle-là même qui ne trouve pas le moyen de s’épanouir, chez nous, quand elle n’est pas «tout simplement» restreinte.
Le point commun entre les deux situations se trouve certainement dans la structuration et les conditions d’organisation. Il est dans la vision politique, dans la continuité, dans le niveau du capital humain et les conditions de professionnalisation, dans l’accès aux financements…
Autrement dit, dans tout ce qui ne relève pas vraiment des matières premières. Car ce n’est pas tout d’avoir du potentiel, encore faut-il travailler à le fructifier de manière durable.
Essayons toutefois d’être plus intelligents et de ne pas rater la troisième révolution qui vient : celle de l’intelligence artificielle. La Culture est la Solution.
