Chronique
Divertissement utile
La saison des festivals a commencé et ils sont de plus en plus nombreux. Des festivals de toutes sortes, de toutes disciplines, un peu partout, et c’est tant mieux. Leur nombre augmente d’année en année, mais quid de leur qualité ?
En collant le mot «festival» à toutes sortes de manifestations, l’appellation est devenue tellement galvaudée que nous ne savons plus à quoi elle correspond vraiment. Ni à quoi sert un festival.
Sans vouloir gâcher la fête, il est toujours utile de se poser la question, au moins en paraphrasant l’expression qui incite à «ne pas bronzer idiot», pour «ne pas se divertir idiot».
Les festivals ont de multiples fonctions, en plus de celles de divertir, d’animer et de jouer un rôle dans le développement économique et touristique d’une ville ou d’une région.
Ils sont un moyen efficace de créer une ambiance festive et fédératrice en rassemblant des personnes autour d’une passion et d’un intérêt culturel commun. Une discipline, un patrimoine, une région, une thématique…
festivals d’été, expression artistique locale
Cependant, sinon avant tout, les festivals doivent être également des plateformes pour l’expression artistique et culturelle locale et nationale.
Leur rôle est indéniable dans la promotion et la diffusion de la création artistique. Pour ce faire, il faudrait qu’ils encouragent la création de nouvelles œuvres, qu’ils stimulent l’innovation artistique et permettent aux artistes locaux de se faire connaître sur une scène plus large.
Nos festivals remplissent-ils ce rôle ? Un exercice simple pour le lecteur pourrait consister à analyser les programmes de nos festivals pour apprécier la part de la création locale et nationale dans leurs programmations.
Et du travail pendant l’année
Il est bien entendu important que le Maroc montre son ouverture à la culture des autres, mais il est tout aussi important que nos festivals montrent au public marocain les dernières créations des «autochtones» et la dynamique et l’évolution des créateurs marocains.
Voire que les festivals contribuent à la promotion de nos artistes pour qu’ils puissent se faire programmer dans les festivals internationaux.
Un festival marocain de théâtre, de musique ou de cinéma est là aussi pour montrer l’évolution des disciplines théâtre, musique ou cinéma chez les professionnels du pays. Pour ce faire, il faudrait que la professionnalisation des acteurs de chaque filière soit organisée pendant l’année.
Que les conservatoires, les écoles d’art, l’aide à la création, la formation des artistes, des administrateurs et des techniciens fonctionnent. Cela s’appelle une politique culturelle dont la charge incombe au ministère de la Culture pendant toute l’année.
Et c’est ce travail pendant l’année qui permettrait de nourrir la programmation de nos festivals de fin d’année par des créations réalisées pendant la période creuse, d’octobre à mai.
Le Maroc a acquis une maîtrise indéniable dans l’organisation de festivals et d’évènements de grande envergure. Le pays est de plus en plus une terre de festivals. Beaucoup d’entre eux ont réussi à fidéliser un public et en gagner des nouveaux.
La communication va bien. Des festivals pour la notoriété, pour l’attractivité et pour le prestige…, nous en avons. À présent, le pays est mûr pour se poser la question de leur utilité dans l’avancement, l’évolution et la promotion de la création marocaine.
Autrement dit, de la place des festivals dans la chaîne des politiques culturelles en termes de création et de promotion des artistes marocains. La Culture est la solution.
