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Chronique

Dire et faire ou l’inverse

L’appréciation du temps est un élément majeur dans beaucoup de disciplines, en philosophie, en théologie, en psychologie, en économie… et en politique. Il est vrai que des civilisations sont définies en fonction de leur rapport au temps. Qu’en est-il chez nous ?

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Une blague raconte l’histoire de cet homme qui demandait à Dieu que représentait, pour lui, un milliard d’euros. Dieu lui répond: un euro. L’homme repose une autre question en demandant à Dieu qu’est-ce que l’éternité pour Lui. Dieu répond : une seconde. L’homme se croyant malin demanda alors : Dieu, donne-moi un euro. Ce à quoi Dieu lui répondit: attend une seconde.

Au-delà de la petite blague, cette histoire appuierait-elle, de manière légère, une théorie sérieuse, celle de la relativité. Cette fois-ci, du temps et pas que de l’espace. Depuis les temps très anciens, les Grecs avaient déjà commencé à apporter des nuances dans le rapport que l’humanité pourrait avoir au temps.

La valse à trois temps
Ainsi, la mythologie grecque avait au moins trois dieux pour définir trois types de temps. Le dieu, Chronos, pour le temps que nous mesurons chronologiquement. Aiôn, dieu du temps cyclique, celui qui se répète avec les mêmes moments chaque jour, semaine, mois, année… les fêtes, les rituels, les redondances… un dieu que nous ne connaissons que trop bien. Et un troisième dieu, Kairos, pour le temps métaphysique, celui du point de basculement décisif, avec un «avant» et un «après». Le dieu du temps du bon moment d’agir, de l’occasion opportune. En mathématiques, c’est le point d’inflexion. En physique, le moment de basculement à partir d’un barycentre toujours en mouvement. En société, c’est le moment du changement. En politique, c’est le moment d’une véritable volonté engendrant l’action utile.

Le rapport au temps est un indicateur pertinent de civilisation. Il n’y a pas lieu d’établir une hiérarchie ou un classement à partir de cet indicateur. Mais la comparaison de l’appréciation et du traitement du temps entre les sociétés humaines peut être utile dans l’évaluation de l’état d’avancement des sociétés. Même si, au final, tout est relatif, comme dirait l’autre.

Choisir son temps
De quel dieu grec avons-nous le plus besoin ? Chronos, Aiôn ou Kairos ? Le temps chronologique, pardon pour la redondance, le temps cyclique ou le temps opportun ? Le temps qui passe indéfiniment, nous le connaissons, le temps cyclique, nous le subissons. Le temps opportun, nous rêvons, tous, que l’on soit au bon endroit, au bon moment. L’autre temps dont nous avons besoin, c’est le temps de l’évaluation, le temps de la reddition des comptes, le temps long des réalisations qui durent, car on aurait prévu la maintenance des équipements. Le temps des projets qui se concrétisent, dans leur temps imparti.

Il est certain que notre conception du temps est à nous, propre à nous. Les Suisses ont les montres et nous, nous aurions le temps. Répartition peut-être équitable. Et finalement, peut-être que nous n’avons pas besoin de dieux du temps, mais simplement de respecter l’échelle du temps. Que l’on prenne le temps de la réflexion et de la préparation, que l’on respecte le temps de l’action et de la réalisation et que l’on n’escamote pas le temps de l’évaluation nécessaire pour mieux réussir les prochains temps. Et surtout de ne pas inverser les temps. Que le temps de l’autosatisfaction et de la communication vienne après celui de l’action et non l’inverse, qui fait oublier que l’on a oublié l’action sur laquelle on a «que» trop communiqué. Pour que la communication ne finisse pas par remplacer l’action. La Culture est la solution.