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Chronique

Des chiffres et des êtres

Quelques administrations mettent en avant des chiffres, parfois trop, afin de montrer qu’elles font bien leur travail et qu’elles réussissent leur mission. Le quantitatif est parlant. Quid du qualitatif qui manque souvent ? Peut-être qu’il demande un autre type d’évaluation que l’on rechigne à faire, car celle-ci peut montrer les insuffisances.

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Le ministère de la Jeunesse compte plus de 600 maisons de jeunes dans le pays. Le ministre de la Culture (c’est le même que celui de la jeunesse) annonce «l’ouverture» de 150 nouvelles «salles de cinéma». Il y a plein de guillemets, car nous savons tous que ce ne sont pas des salles de cinéma, mais des centres culturels existants que l’on a équipés de projecteurs numériques.

Le ministre de la Communication, c’est toujours le même, adore annoncer des chiffres. Sa communication est friande de nombres, d’annonces de quantitatif. Le dernier chiffre annoncé était celui de la fréquentation du Salon du livre à Rabat : «Plus de 316.000 de visiteurs, en hausse de 32% par rapport à l’édition précédente», et le chiffre des ventes des livres pendant le Salon : «Plus de 1,1 million de livres». Tout en rappelant que depuis le rapatriement du SIEL à Rabat, le Salon a adopté, pour la première fois, des techniques développées pour le décompte des visiteurs.

Quelles politiques pour quels lieux ?
Que font les maisons de jeunes ? Quelle politique de jeunesse appliquent-elles ? Pour quels objectifs ? Pratiques amateurs, aide à l’émergence, clubs d’échecs, pratiques sportives… ? Idem pour les maisons de la culture, quelle politique publique de la culture assurent-elles ? Création, diffusion, accompagnement, émancipation, éducation populaire… ? Quelles programmations assurent les nouvelles salles de projection ? Films d’auteur, d’art et d’essai, box-office, documentaires, fictions… ? Pour qui ? Jeunes, adultes, scolaires… ?

Car au-delà des chiffres, il y a des êtres humains. La population, le(s) public(s), les enfants, les adultes, les précaires, les aisés, les démunis, les érudits, les analphabètes, les femmes, les enfants, les handicapés… Je ne sais pas combien de centres culturels, de maisons de jeunes ou de théâtres font l’analyse des publics qu’ils reçoivent pour mieux les connaître, les fidéliser davantage et en attirer des nouveaux.

À la recherche du public, l’ancien et le nouveau
Je ne sais pas combien de lieux vont chercher leurs publics, ailleurs, avec les dents, dans les écoles, les souks, les usines et les cafés. Ou amènent un peu de culture dans les hôpitaux, les asiles ou les prisons.

Quid de la lecture publique ? Combien de salles de lecture avons-nous dans le plus beau pays du monde ? Sont-elles fréquentées et qui les fréquentent ? Renouvelle-t-on le stock par des nouveautés et des parutions qui pourraient attirer et fidéliser les lecteurs ? Jeunes, scolaires, spécialistes, généralistes, les lecteurs qui s’intéressent à l’histoire en général ou à une ère en particulier dans une zone particulière ? Combien de livres emprunte-t-on, en général et en moyenne par lecteur ? Pour combien de temps ?

Des questions à se poser, à poser et à partager. D’aucuns oublient que la sincérité est aussi une stratégie de communication, meilleure que les chiffres. Car la sincérité peut déclencher l’adhésion et l’appropriation. À force d’avancer des chiffres mirobolants sans en voir les effets, les gens finissent par savoir que ce n’est que de la communication. Tout ce qui est excessif est insignifiant. La Culture est la Solution.