Chronique
De l’homme ou de l’agent intelligent, qui assiste l’autre ?
Sommes-nous en train de devenir une société d’assistés au sens propre comme au figuré ?
Ce serait, il faut l’avouer, l’un des effets collatéraux du développement de l’IA générative qui donne lieu à une constellation d’agents censés nous permettre de gagner du temps et de l’argent.
Tous ceux qui ont songé un jour à disposer d’un(e) assistant(e), comme s’il s’agissait d’un tremplin vers une élévation socioprofessionnelle, sont en train d’assister à l’avènement de leur prophétie avec la douce sensation de vivre un rêve éveillé.
Les prémices de ces acolytes, en guise de passerelle vers l’élite, sont d’abord apparues dans la sphère privée. Les Siri et autres Alexa se sont rapidement imposés en tant qu’accompagnants du quotidien pour geeks souvent objets d’études sur les ravages de la solitude.
Mais ces compagnons de déroute, animés par une intelligence artificielle assez basique et destinés au grand public, sont en train d’être supplantés par des personnalités virtuelles générées sur mesure.
Ces nouvelles opportunités ont ainsi été développées par Microsoft pour répondre aux attentes des professionnels dans différents secteurs d’activité, y compris les médias. Le géant américain des logiciels vient de créer sur sa plateforme Copilot Studio des outils qui permettent aux entreprises de créer leurs propres «agents IA», en fonction de leurs besoins.
Et pour leur faciliter la tâche, sans forcément que cela ne se sache, certains modèles prêts à l’emploi sont d’ores et déjà opérationnels dans des segments comme la vente et la logistique.
Cet employé non avoué est alors capable de dialoguer avec les autres collaborateurs, de prendre en charge certaines tâches spécifiques, comme la rédaction et l’envoi de mails, ou encore de générer des contenus originaux, tels que des textes ou des vidéos.
Citée par l’AFP, la firme de consultants McKinsey a déjà sauté le pas en créant un profil destiné à «accélérer le processus d’accueil de nouveaux clients». Et le résultat, en termes de productivité, ne s’est pas fait attendre, puisque les tâches administratives liées à cet aspect de l’activité de l’entreprise ont chuté de 30%.
Avec un impact aussi latent, il y a fort à parier que les pactes qui lient les entreprises aux assistants vont se démultiplier dans un temps limité.
Les agents IA sont donc appelés à jouer un rôle prépondérant et devront, de fait, trouver leur place dans la société. Autant de nouveaux procédés qui ne sont pas sans soulever une série d’interrogations sur ces nouvelles relations virtuelles dans le monde professionnel.
Pourra-t-il leur être reproché d’avoir orienté certaines décisions ou créé différents contenus ?
En cas de défaillance ou de manquement, qui sera responsable ?
Et le cas échéant, ce que l’assistant virtuel pourrait énoncer pour justifier une faute, serait-il susceptible d’être retenu contre le salarié concerné ?
Des questions qui peuvent paraître surréalistes, mais qu’il faudra démêler en temps réel, car pendant ce temps les technologies et les nouveaux usages ne cessent de se développer.
À moins que la solution ne se trouve dans la problématique et qu’elle soit elle aussi d’ordre technologique.
Il faudrait alors envisager, sans doute, la création d’agents intelligents en mesure de mettre la lumière sur ces différents aspects, afin d’éclairer des humains qui ont manifestement pris goût au fait de se faire systématiquement assister.
Avec le risque cependant de se demander qui de l’homme ou de la machine utilise l’autre.
