Chronique
De la république mensongère et «démo(n)cratique» algérienne…
L’Algérie est le pays le plus vaste d’Afrique et du monde arabe condamné à un immobilisme mortel et où la création, l’initiative et l’innovation sont traquées par un système sécuritaire digne de la Stasi.
Cela fait plus de six décennies que l’Algérie engrange des milliards de pétrodollars sans que le début du commencement d’un développement inclusif y voie le jour. Entre-temps, une flopée de pays naguère sous-développés ont vaillamment construit des économies performantes, sans disposer de richesses gazières ou pétrolières.
Certains d’entre eux viennent d’être cooptés au sein des BRICS alors qu’on en a refusé l’accès au pays de Chengriha. Au sortir d’un génocide apocalyptique, le Rwanda a été capable de multiplier son PIB par 7 grâce à une gouvernance exemplaire qui permet à ce pays pourtant enclavé d’afficher depuis l’aube du siècle l’un des chiffres de croissance les plus insolents.
Ce genre de dynamique demeure totalement étranger à l’entendement de la camarilla d’Alger qui préfère continuer à broyer du noir sous le chapiteau de la rente mémorielle et son lot de mensonges les uns plus affligeants que les autres.
Nous savions Tebboune extrêmement friand de bobards stratosphériques du style «l’Algérie produira 1,7 milliard de m3 d’eau potable par jour grâce au dessalement de l’eau de mer !». Mais de là à opposer, si effrontément et toute honte bue, à la Banque mondiale, au FMI et à l’ensemble de la communauté économique internationale le mensonge d’un PIB lamentablement hypertrophié, cela frôle la psychose.
Pour gonfler son PIB de 2024 en le portant à 260 milliards de dollars, Alger a procédé à un «rebasage» marqué du sceau du ridicule en incluant la masse pifométrique du secteur informel et en prenant en considération le taux de change officiel (133,50 dinars pour 1 dollar).
Or, en dépit dudit «rebasage» et en adoptant le taux de change du marché noir (228 dinars pour 1 dollar), le PIB algérien de 2024 retomberait mécaniquement à 152 milliards de dollars au lieu des fallacieux 260. «On peut mentir à une personne tout le temps et à tout le monde une fois, mais jamais tout le temps à tout le monde», dit l’adage.
Comment ose-t-on se jouer ainsi de la crédulité de la communauté internationale au moyen de ce qui ressemble fort à une entourloupe infantile, sachant que l’évolution du PIB algérien est organiquement corrélée à celle des cours des hydrocarbures et que 95% des recettes d’exportation proviennent de ces hydrocarbures ?
Ainsi ramené au chiffre plus crédible de 152 milliards de dollars, le PIB algérien est bel et bien relégué derrière celui du Maroc que les institutions de Bretton Woods établissent pour 2024 à 157 bons milliards de dollars ! Ces mêmes institutions le portent à 219 milliards en 2019, soit +52% par rapport à 2023 ! Certaines projections l’évaluent à plus de 230 milliards de dollars au lendemain de 2030.
Ce sont là des chiffres dûment corroborés et certifiés par le gotha des institutions financières internationales, bien loin des balivernes débitées par les zéroteux macro-comptables d’Alger dont les delirium rappellent les élucubrations chiffrées du Politburo de l’ex-URSS au temps du funeste Staline.
En vérité, la situation tragi-comique du système économique algérien sui generis constitue le contre-exemple d’une économie moderne. Si les fondements de cette dernière s’articulent autour du dynamisme, de l’attractivité et de l’innovation, l’économie algérienne a fait de la rente, de l’immobilisme et de la bureaucratie son tenaillant triptyque.
Il n’est que d’analyser la typologie des rares investissements étrangers en Algérie pour s’apercevoir du caractère bassement rentier de ces derniers.
L’exemple des accords concoctés avec les Qataris (74% du total des investissements arabes) au pays des troufions en est la parfaite illustration : 500 «espaces commerciaux» à travers les wilayas, une ferme géante (117.000 hectares) d’élevage de vaches laitières dans la wilaya d’Adrar, un complexe sidérurgique voué à la seule découpe, l’introduction de l’opérateur de télécom Ooredoo…
On peine à chercher quelque valeur ajoutée que ce soit dans ces projets qataris qui s’apparentent à des tiroirs-caisses sans la moindre innovation et a fortiori sans un quelconque transfert de know-how. Des opérations «épicières» basiques. Et pour cause : les investisseurs espagnols, français, italiens, émiratis…, qui s’étaient risqués naguère dans des investissements de qualité, ont fini par plier bagage.
La boulimie rentière et la cyclothymie de la soldatesque qui sévit à Alger n’étaient pas pour peu dans l’interruption des flux capitalistiques.
Voilà donc le pays le plus vaste d’Afrique et du monde arabe condamné à un immobilisme mortel et où la création, l’initiative et l’innovation sont traquées par un système sécuritaire digne de la Stasi. Jusqu’à l’interdiction du dernier roman de Kamel Daoud, pourtant universellement salué et dûment primé ! Silence, on tourne… en rond !
Alors que les remous extrêmement périlleux qui bouleversent le monde appellent à davantage de vigilance, et autant de ce que Michel Serres appelle «l’intelligence du futur», alors que le commissaire européen aux affaires économiques Paolo Gentiloni évoque «la fin de l’illusion européenne», alors que le tandem Asie-Afrique s’impose en imminente locomotive de l’économie mondiale au détriment de la sphère occidentale…, l’Algérie des caporaux ressasse toujours les rengaines périmées d’une Guerre froide qui a cédé la place à la guerre des parts de marché.
J’ai mal en cette Algérie où les moins de 15 ans représentent 37% de la population et les 19-25 ans 30% ! Cette jeunesse manque d’horizon et les gérontocrates d’Alger sont en train de la précipiter dans un non-destin dont la frayeur risque d’être apocalyptique.
Mensonges, inconscience, irresponsabilité, inconsistance, cyclothymie, incompétence, haine de soi, immobilisme, lunatisme doctrinaire…, telle est aujourd’hui la République du tout démocratique et aucunement populaire qui sévit à Alger !
