Chronique
Cirque médiatique pour contrer DeepSeek
Lorsqu’on a la rage contre un concurrent, il suffit d’activer l’une des armes de restriction massive. En l’occurrence la question explosive de la protection des données personnelles. C’est ce qui est en train d’être fait contre DeepSeek.
Pour vous débarrasser d’un chien, prétendez qu’il a la rage.
Et lorsqu’on a la rage contre un concurrent, il suffit d’activer l’une des armes de restriction massive.En l’occurrence la question explosive de la protection des données personnelles.
C’est ce que vient de faire l’Australie pour tenter de briser la vague DeepSeek, qui, en l’espace de quelques jours, a déferlé sur le monde entier.
Face à ce tsunami technologique qui a fortement secoué les géants américains de l’IA, les Wallabies n’y sont pas allés par quatre chemins.
Ils ont tout simplement décidé d’interdire l’utilisation des programmes d’intelligence artificielle de la start-up chinoise sur tous les appareils gouvernementaux, en raison d’un «risque» jugé «inacceptable».
La ministre australienne de l’Intérieur en personne s’est fendue d’une directive, dans le sillage de son collègue de l’Industrie qui, lui, n’a pas hésité à s’afficher devant les caméras afin d’inciter ses concitoyens à la «prudence». Il faut dire que le pays des kangourous est coutumier du fait.
Il n’hésite pas à sauter sur la moindre occasion d’interdire ou de restreindre des applications qui ne fournissent pas suffisamment d’explications sur leur mode de fonctionnement.
Ce fut le cas en 2018, à l’encontre du mastodonte chinois des télécommunications, Huawei, et plus récemment en 2023 contre un autre dragon de la tech, TikTok.
Ceci dit, l’Australie est loin d’être un cas isolé.
Le rideau de la protection des données personnelles a aussi été tiré, à grand renfort de publicité, par les autorités de régulation italienne, française, irlandaise et sud-coréenne.
Séoul dont les sociétés Samsung Electronics et son concurrent SK Hynix sont largement impliquées dans le domaine de l’IA générative à travers la production de microprocesseurs de pointe, ce qui n’est pas anodin.
Mais loin de nous l’idée d’aller jusqu’à voir dans ce non-dit le soupçon d’une bonne foi feinte. D’autant plus que c’est dans ce même État que le grand rival de DeepSeek a dévoilé un partenariat avec Kakao, le champion sud-coréen d’internet.
Une manière pour le patron d’OpenAI d’afficher ses tablettes de chocolat, en offrant la possibilité à l’entreprise en question d’étendre la palette de ses services via ChatGPT.
Sam Altman, qui a mal digéré le fait de passer pour un caramel mou sur ses terres américaines, investit donc en force le continent de l’ennemi, en dévoilant aussi chez le voisin nippon un nouvel outil de «recherche approfondie» capable, d’après la firme, «d’accomplir en quelques dizaines de minutes ce qui prendrait de nombreuses heures à un humain».
Sur place, il a par ailleurs annoncé un accord avec le japonais SoftBank dans le cadre du programme Stargate, présenté en grande pompe par le président Trump.
Et dans cette guerre commerciale qui ne dit pas son nom, le soldat Altman convoite désormais l’Inde, avec l’espoir de profiter de l’expertise de New Delhi afin de se positionner sur le segment de l’intelligence artificielle à bas prix.
Certains y verront un délit d’initié, d’autres un délire de non-initié, motivé par le désir de recourir aux mêmes armes que l’adversaire, sur le terrain négligé de l’Open Source.
Un comble, avouons-le, quand on s’appelle Open AI.
Et cela tombe bien encore une fois, puisque le Premier ministre indien coprésidera, les 10 et 11 février à Paris, le sommet pour l’action sur l’IA.
D’ailleurs, Sam Altman y est annoncé, avec la ferme intention, sans doute, de nouer de nouvelles alliances pour préserver une avance qui se réduit comme peau de chagrin.
Une bien triste réalité pour celui qui fut longtemps le monsieur loyal de «l’AI».
