Chronique
Ce que la Bourse nous dit des manifestations
Les cols blancs n’ont pas fait de «reel» pour nous dire ce qu’ils pensaient de la séquence que traverse le pays, mais ils ont, à leur manière, donné leur lecture du moment marocain. Et leur verdict est clair: le pays reste solide, lisible et résilient.
La Bourse n’a pas d’âme, dit-on. Pas de cœur. C’est vrai par moments. Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle a des émotions : la peur, l’euphorie, la panique… Et fin septembre, à Casablanca, elle a eu peur.
Les images des manifestations, la colère, les affrontements, les scènes de violence… ont fait vaciller le marché. En trois séances, celles du vendredi 28 septembre et des lundi et mardi qui ont suivi, le Masi s’est effondré de près de 10%, effaçant 46 milliards de dirhams de capitalisation.
Un mini-krach boursier qui ne dit pas son nom. Ce que la Bourse de Casablanca a vécu, c’est une panique pure. C’est un réflexe de survie.
Mais dès le 2 octobre, le marché s’est repris. À mesure que les manifestations ont repris leur caractère pacifique, que les télés publiques se sont ouvertes au débat public, que les responsables politiques ont pris la parole pour dialoguer, expliquer… lentement, méthodiquement, les pertes se sont réduites, passant à 19 milliards une semaine plus tard.
Comme la rue, la finance a retrouvé son calme. Parce que la Bourse, ce miroir grossissant de la réalité, malgré ses excès, finit toujours par revenir à la raison. Elle a fait ce qu’elle fait de mieux : absorber le choc, évaluer le risque, digérer la peur.
Cette réaction, à bien y regarder, n’est pas seulement financière. Elle est politique. Les spécialistes des mouvements sociaux ont vu dans le cri de la jeunesse une crise sociale. Les financiers y ont vu, eux, un signal de volatilité.
Les premiers ont cherché des causes, les seconds des conséquences, les ont évaluées et décidé de la stratégie à suivre. Mais, au fond, chacun a fait le même diagnostic.
La différence, c’est que la Bourse, elle, ne moralise pas. Elle mesure. Elle ne s’interroge pas sur la légitimité d’une colère, elle en évalue le coût, la durée et la portée.
Les marchés, eux, ont lu la rue à leur manière. Ils ont vu la colère, mais aussi la retenue. Ils ont compris que le Maroc n’était pas en train de basculer, mais de parler.
Que l’État tenait, que les institutions restaient solides, que la croissance, les bénéfices des sociétés cotées et la marche du pays n’étaient pas menacés. En d’autres termes, le pays a tremblé, mais pas vacillé. Et que les choses sont sous contrôle.
Ce n’est pas la première fois que la Bourse traduit les émotions du pays. En 2011, au moment du Printemps arabe; en 2020, à l’annonce du premier confinement, ou encore en 2023, après le séisme d’Al-Haouz, l’indice avait chuté brutalement avant de se redresser en quelques séances, à mesure que le pays s’organisait, s’apaisait.
À chaque fois, c’est la même séquence qui se répète : panique, digestion, confiance.
Car les marchés réagissent avant tout à la perception du futur. Ils ne jugent pas, mais ils interprètent. Ils sanctionnent le risque, mais récompensent tout de suite après la stabilité.
Et quand ils voient que la stabilité institutionnelle tient, ils restent solides. Ce qu’ils ont fait encore cette fois. Après les trois premiers jours de panique, la peur a reflué, les ordres d’achat sont revenus, la confiance s’est réinstallée.
Ce rebond rapide n’est pas anodin : il montre que les investisseurs, marocains comme étrangers, comprennent le pays qu’ils observent. Ils savent que la société marocaine bouge, se transforme, s’exprime, parfois bruyamment, mais qu’elle reste liée par un socle commun : la stabilité politique et la confiance dans l’État.
En somme, la Bourse a lu la rue comme un signal d’alerte, pas comme un signe de rupture.
Cette mini-crise boursière est un miroir qui dit beaucoup de choses de nous, Marocains, de notre pays, du lien indicible que le citoyen entretient avec ses institutions, la monarchie à leur tête.
Ces dix derniers jours, ce miroir nous a reflété un pays en tension, certes, une jeunesse en colère, mais aussi un pays résilient, qui encaisse les chocs sans rompre.
La Bourse a paniqué comme tout citoyen qui a peur pour son avenir, celui de son pays, puis elle a compris comme eux que le Maroc traversait une tempête, pas un naufrage.
Les cols blancs n’ont pas fait de «reel» pour nous dire ce qu’ils pensaient de la séquence que traverse le pays, mais ils ont, à leur manière, donné leur lecture du moment marocain. Et leur verdict est clair : le pays reste solide, lisible et résilient.
