Chronique
Casa cool
Casablanca, quoi qu’on en pense, demeure une ville qu’on ne peut qu’aimer, malgré son aspect sauvage. Elle est comme une femme (ou un homme) qu’il faut découvrir pour l’aimer davantage. Et quand cette reconnaissance devient internationale, ce n’est qu’une source supplémentaire de fierté.
Quand il y a des sources de satisfaction, il faudrait aussi le dire et l’écrire. Étant natif de Casablanca, pour les besoins de justification de ma «légitimité» de Casablancais, je m’entendais dire, des fois bêtement par excès de fierté mal placée, que je vais chercher mon acte de naissance au 1er arrondissement de Casablanca, celui de Bousmara.
Et c’est vrai que je suis très fier d’être Casablancais. Un peu plus jeune déjà et étudiant en urbanisme, j’avais adhéré à l’association Casamémoire qui défendait le patrimoine casablancais. L’association défendait le patrimoine architectural de la première moitié du XXe siècle de Casablanca. Je me souviens encore des sit-in que nous faisions pour empêcher les démolitions des bâtiments que nous considérions importants pour le patrimoine de la cité blanche et la mémoire des Casablancais. Une ville née au XXe siècle avec son port et dont les repères urbains étaient constitués des sièges de banques, des cabarets et des garages de voitures. Même très jeune, Casablanca n’avait rien à envier aux villes impériales qui avaient derrière elles une histoire millénaire.
Casablanca, laboratoire d’architecture moderne
Et ce n’était pas que nous qui affirmions que Casablanca fut un laboratoire d’architecture moderne avec l’invention du béton armé et les expérimentations des premiers immeubles au monde avec des garages souterrains, par exemple. Nous avions commencé l’aventure de la fabrique culturelle des Anciens abattoirs avec une exposition partagée avec la ville de Bordeaux sur les quartiers et immeubles célèbres de la ville. Nid d’abeilles à Hay Mohammadi, la cité de Aïn Chock, la «nouvelle médina» des Habous, le premier grand immeuble du pays, Immeuble Liberté… et j’en passe.
Casablanca faisait la locomotive dans sa quête vers la modernité. Un temps révolu. Rabat s’est mieux organisée après, pour devenir patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco, les médinas de Tanger, de Fès, de Meknès… ont été réhabilitées. Et voilà qu’un magazine reconnu qui reconnaît à son tour la valeur d’un quartier casablancais. Il s’agit du magazine «Time out» qui classe le quartier Mers Sultan 2e quartier le plus cool au monde.
Critères objectifs pour un classement crédible
Les critères du classement ne sont pas tendres, car il ne s’agit pas, selon le magazine, que de l’existence de brasseries et de bars branchés, du street art et d’autres éléments distinctifs d’un quartier «bobo», mais d’autres critères plus exigeants qui caractérisent l’âme du quartier, tels que «sa culture, son esprit communautaire, sa vie nocturne, sa gastronomie et ses boissons, le tout condensé dans un quartier animé et accessible à pied».
L’autre source de fierté est que le quartier Mers Sultan de Casablanca est classé second quartier le plus cool du monde juste après celui de Notre-Dame-du-Mont de Marseille et devant des villes qu’il était inimaginable que l’on puisse devancer. Les quartiers Pererenan à Bali en Indonésie, Seongsu-dong à Séoul en Corée du Sud, Kerns à Portland aux États-Unis, Stokes Croft and St Paul’s à Bristol au Royaume-Uni, Chippendale à Sidney en Australie, Príncipe Real à Lisbonne au Portugal, Glória à Rio de Janeiro au Brésil, Windsor à Melbourne…, excusez du peu. J’arrête là la liste, car elle est longue.
Maintenant, comment faire fructifier cette distinction en gardant l’âme du quartier et que des patrons de brasseries n’en profitent pas pour augmenter les prix ? Ha ha, rien que ça. La Culture est la Solution.
