Dossiers Spéciaux
Indice conforme à la Charia : Le chaînon manquant
En projet depuis plusieurs années, cet indice boursier «halal» n’a toujours pas vu le jour. Mais la réforme de la loi sur les OPCVM, qui prévoit la mise en place de fonds participatifs, devrait en accélérer la réalisation.
La mise en place d’un indice boursier conforme à la loi islamique est une étape essentielle pour parfaire l’écosystème participatif marocain, notamment dans son volet marché des capitaux. Longtemps annoncé mais jamais concrétisé, cet indice tarde à voir le jour, toutefois la réforme du cadre régissant les OPCVM, sur laquelle planche actuellement l’AMMC, pourrait le remettre au goût du jour et accélérer sa réalisation.
La réforme des OPCVM prévoit en effet la mise en place de fonds Sharia compliant, c’est-à-dire conformes à la Loi islamique. Attendu pour permettre à ces OPCVM et aux compagnies Takaful de disposer d’un benchmark pour placer leurs fonds, l’indice Sharia compliant sera en quelque sorte la pierre angulaire de ces futurs véhicules d’investissement.
Concrètement, l’indice boursier «halal» devrait être constitué de titres financiers sélectionnés et pondérés selon des critères bien définis. Dans la pratique, deux filtres sont appliqués aux actions : un sectoriel et un financier. Le premier consiste à faire sortir de l’indice les entreprises opérant dans les secteurs «illicites» selon la Loi islamique (alcool, tabac, banques et assurances classiques, armement, etc.).
Ce premier filtre est complété par un second, qui vise à exclure les sociétés fortement endettées, ainsi que toutes celles ayant une part significative de leurs revenus issus de produits financiers prohibés (revenus issus des produits dérivés, d’instruments de taux, etc.).
En tenant en compte ces critères de licéité, un nombre d’actions compris entre 20 et 30 pourrait être éligible à la Bourse de Casablanca pour les futurs fonds de placement islamiques. Mais la décision définitive revient au comité Charia de la finance participative émanant du Conseil supérieur des oulémas (CSO), seule entité au Maroc habilitée à valider la conformité de l’indice, à l’image de ce qui a été fait sur la conformité des produits commercialisés par les banques participatives marocaines.
Ces FCP qui ont pris les devants
En attendant l’achèvement de ce chantier, certains fonds ont défriché le terrain, en fonctionnant comme des fonds «éthiques» dont la philosophie de placement respecte les préceptes de l’Islam, sans pour autant avoir le sceau du CSO.
Ils permettent à leur clientèle un accès au potentiel de performance du marché́ actions en privilégiant la sélection et la diversification d’entreprises exerçant une activité «éthique».
C’est le cas par exemple du Fonds commun de placement (FCP) Attijari Al Moucharaka, géré par Wafa Gestion, dont le portefeuille est investi uniquement dans les actions de sociétés exerçant une activité «éthique», comme le BTP, l’agroalimentaire, les mines, les services de transport, ou encore la santé.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les performances pour les épargnants sont au rendez-vous. À fin décembre 2024, l’actif net sous gestion dépasse les 278 millions de dirhams, réalisant une performance cumulée de 26,65% sur cinq ans (contre 20,18% pour le benchmark).
Globalement, la mise en place d’OPCVM participatifs et d’un indice boursier conforme à la Charia devrait ouvrir de nouvelles perspectives pour le marché des capitaux, non seulement pour les investisseurs marocains, mais aussi pour attirer des investisseurs étrangers, notamment des pays du Golfe, friands de ce genre de placements.
