Mesures de sauvegarde : les métallurgistes devant le fait accompli, la FIMME temporise

Bien qu’elle conteste la nouvelle protection de Maghreb Steel, la direction de la FIMME préfère temporiser après avoir évoqué la possibilité de saisir le Conseil de la concurrence afin de statuer sur la situation de monopole de fait du sidérurgiste.

La Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (FIMME) ne sait plus à quel saint se vouer. Tiraillée entre des intérêts contradictoires de ses membres – Maghreb Steel d’un côté et ses clients transformateurs d’acier de l’autre -, l’organisation professionnelle dominée par les métallurgistes veut éviter la confrontation pour contester la nouvelle protection dont bénéficie l’unique producteur national d’acier plat.

Une mesure de sauvegarde provisoire sur les importations de tôles laminées à chaud consistant en l’imposition d’un droit additionnel ad valorem de l’ordre de 25%; une énième protection du sidérurgiste qui vit des difficultés depuis plusieurs années.

«Comme nous l’avons évoqué auparavant, nous sommes en droit de saisir le Conseil de la concurrence conformément aux dispositions de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence, mais nous préférons pour l’instant temporiser. Toutefois, le conseil peut s’autosaisir pour donner son avis sur l’affaire de Maghreb Steel»,indique Tarik Aitri, président de la FIMME. Selon nos informations, si la direction de la FIMME temporise, c’est surtout parce que les tubistes ont bénéficié eux aussi d’une protection sur les importations de tubes et tuyaux en fer et en acier. Une mesure de sauvegarde provisoire qui fait suite au forcing de ces industriels qui ont toujours contesté le fait de protéger l’amont sans protéger l’aval.

Qu’en est-il des autres transformateurs d’acier à l’instar des opérateurs de construction métallique et de construction navale ou ceux de l’électroménager et de la carrosserie qui doivent se fournir en acier auprès de Maghreb Steel ? «Il est impossible de protéger tout le secteur de l’aval. L’acier est un intrant qui est présent partout», renchérit le patron de la FIMME.Contacté par La Vie éco, un négociant d’acier plat nous a informés que les commandes sont à l’arrêt depuis l’annonce de la mesure de sauvegarde provisoire.

«Même si la mesure n’est pas encore entrée en vigueur en attendant sa publication au Bulletin officiel, il n’y a plus de commandes de la part d’industriels. Celles-ci sont traitées généralement en deux mois, mais d’ici là, la surtaxation serait de vigueur», explique l’importateur qui préfère s’exprimer sous le couvert de l’anonymat. Pour leur part, les gros consommateurs d’acier plat sont mis devant le fait accompli. Un acier de plus en plus cher comparé au prix à l’international. «Bien avant la nouvelle protection, l’acier écoulé par l’unique producteur national coûtait jusqu’à 25% plus cher. Aujourd’hui, le différentiel montera jusqu’à 40%», indique un métallurgiste. Selon ce dernier, la cherté de cet intrant stratégique dans l’industrialisation et le développement mettra à mal la compétitivité des industriels des IMME qui sont déjà dans une logique de survie depuis plusieurs années. Du côté de Maghreb Steel, l’argument de la protection du marché marocain dans le sillage de la vague protectionniste mondiale revient toujours dans la bouche de son top management. Pas plus tard que fin septembre, le directeur général du groupe fondé par la famille Sekkat a défendu bec et ongles la protection de son entreprise lors d’une conférence de presse organisée à Casablanca.

Le top management a essayé de convaincre la presse – chiffres et faits à l’appui – que les mesures dont bénéficie l’entreprise lui ont permis de mettre en branle un plan de restructuration aux effets bénéfiques sur l’industriel. Pour des experts et des sidérurgistes précédemment sondés par La Vie éco (Maghreb Steel peut-elle être sauvée ?), les difficultés de Maghreb Steel ne sont pas uniquement dues à la concurrence internationale, mais aussi à de nombreux facteurs qui mettent à mal sa compétitivité, à l’instar de la taille exsangue du marché local, la logistique, le coût de l’énergie et l’outil industriel.
D’ailleurs, le top management de Maghreb Steel a avancé à maintes reprises qu’il est capable de fournir les usines marocaines de Renault et Peugeot en acier plat, mais à ce jour rien n’a filtré sur le sujet alors que ces multinationales importent leurs intrants en acier de l’étranger.