Le marché de l’édition juridique se structure

L’arrivée de LexisNexis a fait réagir le marché local. Accord stratégique entre Artemis et Legal Suite. Le passage à  l’électronique se fait lentement mais sûrement.

L’installation en 2013 de LexisNexis au Maroc a permis de créer une émulation a priori salutaire pour le marché de l’édition juridique. En effet, en plus du fait que l’activité continue de croître rapidement (www.lavieeco.com), le segment droit des affaires commence à acquérir de la maturité. L’agressivité avec laquelle est arrivé l’opérateur français, dont le chiffre d’affaires monde avoisine pas moins de 150 millions d’euros, a fait réagir son principal concurrent local, Artemis. En effet, la filiale du groupe Finatech a conclu un accord de partenariat stratégique avec Legal Suite, éditeur français de progiciels dédiés à la fonction juridique et administrative (qui n’est autre que le principal concurrent de LexisNexis sur le marché français), visant à «faire bénéficier les clients du territoire marocain de savoir-faire complémentaires et de l’expertise unique de deux acteurs de référence», explique le management d’Artemis. Ayant des offres qui s’adressent aux mêmes cibles, les deux entreprises se sont rapprochées afin de commercialiser et mettre en œuvre les applications de la suite logicielle Legal Suite auprès d’entreprises et d’organisations issues des secteurs public et privé au Maroc.

Artémis promet des prestations complètes à haute valeur ajoutée

Ce partenariat s’articule autour de trois axes principaux : identifier des opportunités d’affaires, promouvoir le logiciel modulaire de gestion juridique de Legal Suite et construire des solutions clés en main à haute valeur ajoutée. «Artemis possède un fonds documentaire juridique unique au Maroc et entretient une proximité et une relation privilégiée avec ses clients. C’est donc tout naturellement que nous avons souhaité adosser notre expertise à ce groupe leader. Ce partenariat exclusif permettra d’allier nos deux forces sur le marché marocain, qui connaît une forte et rapide expansion dans les domaines des technologies numériques», souligne-t-on chez Legal Suite. «Etant à l’écoute permanente des besoins de nos clients, le fait de nous adosser à Legal Suite nous permettra de leur offrir des prestations complètes à haute valeur ajoutée. À travers ce partenariat exclusif, Artemis et Legal Suite déploieront leurs expertises complémentaires au service de l’intégration de solutions pour la gestion des contenus juridiques et légaux, offre unique au Maroc», indique-t-on du côté d’Artemis.

Les revues juridiques traditionnelles sont encore très lentement diffusées en ligne

Autant dire que le segment droit des affaires est porteur même si les prix demeurent élevés, selon les praticiens. Il faut compter en moyenne un peu plus de 18 000 DH par cabinet comptant un seul praticien et près de 130 000 DH pour les cabinets de 15 praticiens et plus. On distingue cependant deux déclinaisons dans cette catégorie : un marché professionnel constitué d’étudiants, d’enseignants et de professionnels du droit (avocats et notaires principalement) et le marché des non-juristes, auxquels sont destinés les produits de vulgarisation. La demande est donc très spécifique.

Il est également à noter que le passage à l’électronique ne touche pas de la même façon les différentes catégories de documents. Les quatre types de produits d’édition du secteur juridique connaissent ainsi une «destinée» électronique différente. Les revues juridiques traditionnelles sont très lentement diffusées sous forme électronique en ligne, le CD-ROM est encore très répandu. Les professionnels souhaitent des produits en ligne qui intègrent des outils de recherche documentaire performants et le texte intégral.

En matière de manuels, rien n’est encore fait et seul la REMALD produit des textes de qualité, selon les praticiens, même si son existence est largement remise en cause pour des questions financières. «Sans les subventions de la fondation allemande Hanns Seidel (qui ne dépassent pas 500 000 DH par an), nous aurions fermé boutique il y a une dizaine d’années», avoue son fondateur Ahmed Bouachik.