Lakjaa : «Les premières sociétés anonymes sportives seront créées cette année»

Parmi les 24 clubs choisis pour prendre part au processus de transformation en S.A, 13 ont obtenu le quitus. Le WAC, le Raja et Al Hoceima à la traîne. Le cadre institutionnel est actuellement prêt et constituera une assise solide pour mener à bien ce processus.

Fouzi Lakjaa, président de la FRMF, revient sur le processus de transformation des associations sportives en sociétés anonymes. A l’en croire, de grandes avancées ont été enregistrées. Le cadre institutionnel et l’accompagnement des clubs en matière de formation ont permis d’asseoir les bases nécessaires pour faire aboutir ce changement. Une fois la transformation bouclée, les clubs seront plus attractifs et réussiront à intégrer le monde des affaires. Un objectif qui leur permettra d’être compétitifs, aussi bien sur le volet financier que footballistique.

Le début de la saison 2018-2019 était le délai à partir duquel les clubs devaient se conformer à la loi en se transformant en S.A. ? Où en est-on maintenant ?
Les clubs qui ont déposé leurs dossiers de demande d’agrément, seize clubs de la D1 et huit de la D2, sont sur la bonne voie. Environ treize clubs ont reçu leur quitus. Le WAC, le Raja et Al Hoceima sont en train de créer leur S.A. L’obtention du quitus a nécessité un certain de nombre de pré-requis (nombre de professionnels, licences, financement, business plan, etc.). La création de la société sportive se fera bien évidemment selon le droit commun, avec un capital minimum de 300000 DH, avec la possibilité pour l’association de posséder jusqu’à 100% du capital. Les objectifs de ce projet sont connus : améliorer la gouvernance et la gestion du club et, entre autres, permettre au monde des affaires d’accéder aux tours de table des clubs.

Tous les clubs concernés ont tardé à se conformer au délai imposé préalablement par la fédération. N’avez-vous pas pensé à changer d’approche afin d’accélérer le processus ?
Même dans un stade de sport, la sanction doit être l’exception. L’essentiel est que tous le clubs concernés ont entamé le processus de transformation de leurs associations en société anonyme. De plus, je suis adepte d’un style manageriel qui consiste à ne pas décréter le changement. Au contraire, il faut mettre en place les pré-requis du changement que nous souhaitons faire dans le monde du football, comme dans les autres sports, car il n’y a pas que les associations de football qui sont concernées par la loi 30-09, les clubs ne peuvent pas, en l’état actuel des choses, opérer un changement du jour au lendemain. Nous avons choisi 16 clubs de la D1 et 8 clubs de la D2, tenant en compte des clubs en rotation entre les deux divisions. Dans un premier temps, quatre clubs ont été choisis pour bénéficier du processus de transformation (audit, analyse, formation, etc.).

Quels sont les pré-requis que vous évoquez ?
Il manquait surtout le plan comptable. Nous l’avons réalisé et validé par l’ordre des experts et le ministère des finances, avant qu’il ne soit publié au Bulletin officiel. C’est la première fois que nous arrivons à sortir un plan comptable spécifique aux sociétés sportives.

Comment ce processus a-t-il été mené ?
Tout le processus a commencé il y a trois ans. L’approche adoptée est participative car nous n’avons pas jugé opportun de ne pas décréter. Nous avons commencé ce processus par un diagnostic sur la base des éléments déclaratifs fournis par les clubs. Nous avons ensuite effectué une analyse de ces éléments. L’étape suivante a constitué à généraliser les best-practices sur tous les clubs. A chaque club, un bureau d’audit a été par la suite désigné pour l’accompagnement nécessaire dans tout le processus de transformation en S.A. En parallèle, nous avons initié un cycle de formation pour former les responsables des clubs aux métiers du sport et leur inculquer les éléments fondamentaux pour exercer dans une société sportive. Actuellement, on est à la deuxième promotion. Un certificat octroyé par le ministère des sports est décerné à chaque promotion après la validation du cycle de formation.

Est-ce qu’il est possible d’assainir le statut actuel des clubs, surtout qu’il y en a qui vivent une situation catastrophique en termes de gouvernance ?
Si l’on souhaite améliorer la gouvernance dans un secteur, il faut le faire d’une manière institutionnelle. Le manque d’assise institutionnelle est ce qui peut entraîner le dérapage au niveau de la gestion financière des clubs. Dans le système de gouvernance des associations, avec la majorité des pouvoirs entre les mains des présidents des clubs, ce risque est évidemment élevé. C’est la raison essentielle de ce projet de transformation en S.A. Cela permettra de mettre en place des garde-fous contre toute mauvaise gestion. Il faut donc deux choses : des bases juridiques et des compétences.

Quels sont les principaux défauts du mode de gestion actuel ?
Il faut souligner d’abord que le sport national a évolué de l’amateurisme vers un système professionnel. Il y a eu à un moment donné une volonté d’adopter le système des adhérents à l’espagnol, mais cela n’a pas réussi. En tout cas, les clubs n’ont jamais été obligés d’avoir des comptes, ni de faire des audits externes. Aussi, ils ne se conforment pas à l’obligation de tenir des assemblées générales. Tous ces manquements ont entraîné des systèmes de gestion sclérosés, focalisés sur la performance footballistique, sans avoir en tête qu’il y a une forte corrélation entre cette dernière et les modalités de la bonne gestion. C’est pour cela qu’il fallait commencer par le commencement.

C’est-à-dire ?
C’est que nous avons mis en place le cadre institutionnel, à savoir le statut de la S.A, préparé les textes et les plans comptables et fait construire des noyaux durs de l’expertise et de la compétence en termes de gestion du sport. Grâce à cette base, je suis convaincu que le football fera un saut qualitatif énorme vers l’avant. Mais ce processus a besoin de temps avant de prendre forme.

Quelque part, la balle est dans le camp des clubs actuellement…
Il ne faut pas se leurrer, les clubs ont du mal à boucler le budget de l’année. De plus, ils ne disposent pas de très grands budgets. Le WAC, doté du plus grand budget au Maroc, est classé huitième en Afrique. Le Raja, quant à lui, est dixième. Autre exemple. Les salaires des joueurs sont deux fois plus élevés en Algérie, comparé au Maroc. Tout ça pour dire que nos clubs sont financièrement dans un niveau très bas et c’est pour cela que nous n’étions pas compétitifs sur la scène africaine depuis une vingtaine année. Il faut donc que les clubs soient attractifs pour qu’ils puissent intégrer le monde des affaires. Car il y a un grand décalage, entre nos clubs et les plus grands clubs africains, à rattraper.

Y a-t-il des répercussions sur les transferts des joueurs ?
Evidemment, les clubs sont incapables à la fois d’acheter les meilleurs joueurs africains, qui sont recrutés d’abord par les clubs égyptiens et tunisiens, et de garder nos meilleurs joueurs. Le joueur de la RSB, El Kaâbi, a touché 3,5 millions d’euros comme salaire au cours des deux premières années dans le championnat chinois. Cela montre la position du foot national dans le monde.

Est-ce que le mercato peut constituer une entrée d’argent importante aux clubs ?
Dans les grands championnats, il y a trois grandes ressources. Il s’agit des droits de diffusion télévisuels, sponsoring & publicité et la billetterie. Même les clubs qui disposent de centres de formation sont obligés de recruter pour combler le départ des joueurs.

Quelles sont les mesures prévues pour permettre aux sociétés sportives de s’épanouir, une fois qu’elles seront créées ?
L’accompagnement sera notre premier apport car il faut que les sociétés sportives prennent forme et que le volet marketing y soit très développé. Pour attirer le monde des affaires, ces sociétés doivent avoir une bonne image et être dotées d’une vision claire et précise. Nous avons déjà réalisé de grandes avancées sur les volets d’infrastructures et des centres de formation. Nos centres sont capables de jouer le rôle d’une plateforme de formation des joueurs africains, une sorte de relais entre les clubs du continent et les clubs mondiaux.

L’année 2019 verra-t-elle les premières S.A au Maroc ?
J’en suis persuadé.

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