Droit des affaires : une année morne, mais la confiance n’est pas altérée

Les juristes, marocains et étrangers, s’accordent sur le fait que le marché est encore étroit. Le déclic pourrait avoir lieu en 2016 n Les cabinets marocains contrôlent 75% du marché.

Juristes d’affaires, avocats, notaires… A l’heure actuelle, le juriste intervient au niveau de toutes les opérations commerciales et même au niveau des montages financiers les plus complexes. Il n’est plus simplement un conseiller en matière de contentieux, mais veille au bon déroulement des opérations. Le fameux adage selon lequel «un mauvais arrangement vaut toujours mieux qu’un bon procès», montre à quel point le contentieux judiciaire constitue une des entraves majeures à la bonne marche d’une entreprise et à sa productivité, les frais y afférents étant souvent lourds  à supporter, mais également au vu de l’atteinte à la réputation de l’enseigne qui constitue un préjudice conséquent, et ce, quelle que soit l’issue du procès.

Les investissements étrangers ont rehaussé les exigences

Malgré plusieurs entraves, la pratique du droit des affaires a connu un essor significatif depuis le début des années 1990. En faisant le choix de s’inscrire dans le processus libéral, le législateur marocain a non seulement octroyé aux opérateurs, dans le cadre de leurs affaires internationales, le libre choix de la loi applicable et de la juridiction compétente, mais aussi et surtout a mis en place un cadre législatif (code de commerce, loi bancaire, code des assurances, code du travail) et institutionnel jusque-là adéquat. De ce fait, le développement des investissements lors de ces 20 dernières années a débouché sur l’émergence d’un marché diversifié et concurrentiel. Me Amine Hajji, avocat au barreau de Casablanca et spécialiste en droit du commerce international, voit en cette évolution le résultat de l’ouverture économique du Maroc. «Les investissements étrangers, francophones et surtout anglo-saxons, ont rendu le droit des affaires plus exigeant, avec un travail juridique en amont qui exige un savoir-faire pointu».

Le chiffre d’affaires annuel va de 10 MDH à 100 MDH, selon le cabinet

La concurrence permanente que se livrent les cabinets étrangers sur le marché européen les rend de plus en plus innovants», explique-t-il. Pour Me Hajji, cette concurrence étrangère est bénéfique car «la mondialisation des services juridiques permet de mettre à niveau la pratique marocaine du droit des affaires». Quelque part, les acteurs locaux ne souffrent pas réellement de cette présence étrangère. Et pour cause, pour plaider devant les juridictions marocaines, il faut être marocain. Ils gardent donc le monopole du contentieux, qui est quand même une partie non négligeable de la pratique du droit des affaires.

Les cabinets marocains se taillent donc une partie plus que raisonnable du marché. Selon la CGEM, ils  représentent près de «75% des parts et un chiffre d’affaires annuel allant de 10 MDH pour les cabinets moyens à 100 millions pour les grands cabinets», avec une activité de plus en plus diversifiée. «Cela va de la Corporate gouvernance (droit des sociétés) aux contrats de distribution en passant par le droit de la propriété intellectuelle, l’énergie ou encore le droit bancaire et financier», précise Me Hajji.

«Si, en 2015, notre cabinet a connu un taux de croissance en diminution, la confiance en le marché marocain demeure inaltérée», explique-t-on du côté du cabinet UGGC & Associés. Même son de cloche de la part de Garriges, cabinet espagnol installé au Maroc depuis plusieurs années déjà: «2016 pourrait être l’année déclic au vu de toutes les prévisions économiques favorables, notamment en ce qui concerne les services. Nous avons donc tenu notre mal en patience parce que le marché marocain est réellement prometteur».

La croissance exponentielle du nombre d’avocats mais aussi leur mode traditionnel d’exercice en cabinet, comme l’absence de tarification ou le manque de transparence sur leurs honoraires, ont porté préjudice à leur image et parfois même incité le consommateur à s’en détourner, voire à rechercher des moyens de les contourner. Bon nombre d’entre eux, souvent les plus jeunes, ont mis à profit les moyens offerts par Internet tant pour communiquer sur leur cabinet que pour toucher, grâce notamment aux outils «d’intermédiation» qui s’y sont développés, un plus grand nombre de clients potentiels, dans le respect des règles déontologiques qui régissent la profession. Comme le site Alloexpert.ma qui propose aux consommateurs et aux entreprises des jeunes juristes à même de répondre à une question précise. Si le marché demeure encore limité et suivi de très près par les barreaux, il représente une réelle opportunité pour les jeunes qui n’ont pas d’autres moyens de se faire connaître que d’afficher leur profil sur Internet…