Une plainte pour adultère contre son épouse, et de complicité d’adultère envers son ami…

Les tourtereaux sont convoqués par la police, puis devant le procureur du Roi. Ils reconnaissent sans difficultés avoir des relations amicales, courtoises, échanger des textos ou des images pour adultes, mais réfutent toute relation sexuelle concrète. Il n’en faut pas tant au Parquet pour décider de les poursuivre, et, pour plus de sûreté, il ordonne leur mise en détention provisoire.

Le monde évolue, les sciences et les techniques également, ce qui entraîne, forcément, une évolution des mœurs, tendances ou comportements. Dans une affaire récemment jugée, un homme soupçonne sa tendre épouse d’infidélité.

Des absences injustifiées, des explications pas toujours plausibles et un comportement étrange ont fini par le convaincre. Il ne sait que faire, on lui conseille d’engager un détective privé, (si, si, il en existe au Maroc), de la faire suivre, mais l’époux ne s’y résout pas. Cependant, profitant d’une occasion en or, l’épouse étant partie au bain maure avec ses amies, il met la main sur son téléphone portable, et …entreprend de l’interroger. C’est fou comme ces petits gadgets qui nous simplifient la vie peuvent se révéler efficaces… ou bien indiscrets selon les besoins ! Et de fait,… le téléphone «parle» et révèle des mots tendres, des propos câlins et un batifolage galant, apparemment bien avancé entre les protagonistes. N’écoutant que sa virilité bafouée, l’époux dépose plainte pour adultère contre son épouse, et de complicité d’adultère envers son ami. La machine judiciaire se met en branle, les tourtereaux sont convoqués par la police, puis devant le procureur du Roi. Ils reconnaissent sans difficultés avoir des relations amicales, courtoises, échanger des textos ou des images pour adultes, mais réfutent toute relation sexuelle concrète. Il n’en faut pas tant au parquet pour décider de les poursuivre, et, pour plus de sûreté, il ordonne leur mise en détention provisoire. Rien de méchant, dans cette décision, juste une pratique courante chez les procureurs, consistant à embastiller, à titre de précaution, la plupart des «clients» qui transitent par leurs services. Puis le dossier arrive en instance de jugement, devant la Chambre correctionnelle. Les magistrats sont là pour rendre justice, se basant sur des textes précis, mais jouent également un rôle bénéfique de modérateur, devant les réquisitoires toujours «sanglants» de procureurs, qui réclament une condamnation sévère «pour défendre la société de toutes brebis galeuses».

Les avocats plaident la relaxe, au motif de l’absence de preuves matérielles, et surtout au bénéfice du doute, qui, selon toutes les jurisprudences, doit profiter aux accusés. Suspense insoutenable durant le délibéré, car il est de notoriété publique que nos magistrats, de formation et de culture arabophone, demeurent dans leur grande majorité des conservateurs rigides. Et n’hésitent jamais à rendre des verdicts sévères, afin d’impressionner les foules. Puis, la Cour reprend sa place, et le président lit la décision qui a été prise. Ce sera l’acquittement général pour les deux prévenus, et l’on devine la consternation sur le visage du procureur, qui constate que ses collègues juges ne partagent pas son avis. La décision est bien argumentée, le juge expliquant, en substance, que le batifolage virtuel ne saurait caractériser une infidélité conjugale, tout en admettant que ce n’est pas la meilleure façon de faire régner la paix dans le ménage. L’infidélité caractérisée, précise le magistrat, se fonde sur une relation physique entre les deux parties, élément nié et réfuté par celles-ci, et nullement établi par les PV de police. La notion de flagrant délit d’adultère n’étant pas établie, il convenait donc de prononcer la relaxe des prévenus. Elémentaire, et clair comme de l’eau de roche. Ce genre de situation illustre souvent le fossé profond qui sépare les magistrats du siège de la magistrature debout (les représentants du parquet, ou parquetiers). Partant des mêmes faits, du même PV, et se basant sur des textes de loi précis, ils font des lectures diamétralement opposées d’une situation figée. Les uns soulèveront des circonstances aggravantes, (comme la préméditation), les autres débusqueront des failles dans la procédure, susceptibles de bénéficier à leurs clients. C’est pour ces raisons, entres autres, que les débats entre juristes demeurent souvent passionnants, et engendrent des débats toujours enrichissants.