Quid du respect des horaires dans les tribunaux ?

durant les «vacances judiciaires», on voit sombrer les tribunaux dans une douce léthargie, entre la mi-juin et début septembre, les magistrats ne pouvant travailler quand les greffiers sont en congé (juillet), et ces derniers attendant le retour de leurs juges partis se reposer (en août)…

On l’a remarqué dans la précédente édition : la vie d’un magistrat est somme toute belle. Liberté physique (important quand on peut priver les gens de la leur), mentale (ils décident, selon la formule, en leur âme et conscience), et intellectuelle (peu ou pas de barrières légales, selon les mentalités). Dans la société, on les choie, car tout un chacun craint de tomber entre leurs mains, et donc essaye de s’en faire des amis… De par la fonction, ils sont tenus d’être vestimentairement irréprochables, circulent en général dans de belles voitures, et habitent des endroits plus que corrects… La belle vie quoi. Vraiment, on comprend mieux pourquoi ce métier attire tant les gens, qui le considèrent également comme un ascenseur social leur permettant de combler un retard par rapport à d’autres classes bourgeoises de la société

Et j’allais oublier les fameuses «vacances judiciaires», durant lesquelles on voit sombrer les tribunaux dans une douce léthargie, entre la mi-juin et début septembre : les magistrats ne pouvant travailler quand les greffiers sont en congé (juillet), et ces derniers attendant le retour de leurs juges partis se reposer (en août)… Phénomène qui, soit dit en passant, n’existe dans aucun autre ministère !

Je l’ai déjà dit, le métier n’est pas trop éreintant: quatre, cinq, peut-être six heures d’audiences publiques en cinq jours, donc de présence physique obligatoire au palais de justice. Pour le reste, c’est à l’avenant. Mais attention, les magistrats, qui se plaignent toujours, n’aiment pas qu’on touche à leurs prérogatives. Mais alors pas du tout !

En témoigne un récent incident survenu dans un tribunal, que je ne nommerais pas. Ce n’est pas le rôle d’un chroniqueur. Un honorable président de tribunal avait constaté que certains magistrats prenaient des libertés (encore) avec les horaires. Toutes les circulaires du ministère insistent pourtant (et on se demande bien pourquoi) sur le fait que les audiences doivent impérativement commencer à l’heure fixée (soit 9h le matin et 12h30 pour l’après-midi), et que les juges doivent être dans leurs bureaux quand ils ne siègent pas en audience. Mais bien sûr, une circulaire n’engage que celui qui l’écrit, surtout pour des juges. Et donc un beau matin d’automne, notre valeureux président fit un rapide tour d’inspection vers 9h30, ordonna la fermeture des bureaux des fonctionnaires absents, donnant pour consigne aux agents de police en garde à l’entrée de relever l’identité (et le matricule) de tout fonctionnaire (juge, procureur, ou autre) qui pointerait le bout du nez, en notant exactement l’heure de contrôle, puis de diriger ces personnes vers son bureau. Et c’est ainsi que vers 11h le président admonesta une cinquantaine de fonctionnaires, leur rappelant l’obligation de respecter les horaires, sous peine de sanctions disciplinaires. Ce qui ne fut pas apprécié par ces messieurs de la Magistrature, eux qui avaient survécu au concours le plus dur qui soit, eux qui incarnent le Droit et la Justice… Loin d’être impressionnés, ils rassemblèrent une centaine de collègues avant de se rendre en force chez le courageux président, désormais terré dans son bureau, lui signifier leur désaccord et leur indignation pour son initiative ; menaçant même d’entamer une grève des audiences s’il persistait…tout simplement à vouloir faire régner un peu de discipline dans son tribunal. Que voulez-vous qu’il fit contre tous ?

Horace avait répondu qu’«il mourût, ou qu’un beau désespoir alors le secourût». Mais là ce n’est pas une tragédie cornélienne, et le président céda. Comme il cédera encore une fois plus tard devant la levée de boucliers suscitée par le projet de doter tout le monde de cartes magnétiques, afin de franchir les futurs portiques  électroniques qui, eux, enregistrent automatiquement les heures de passage.

Mais s’ils sont tellement réfractaires à tout changement pouvant bouleverser leurs habitudes, n’est-ce pas finalement pour atténuer les inconvénients liés à l’exercice de leurs fonctions ? Car ils existent bel et bien, ainsi que certains risques du métier, que nous aborderons la prochaine fois.