Quand les partis violent la loi !

En un mot comme en cent, il ne faut donc pas s’étonner que le Marocain soit réfractaire aux lois : il voit ses députés, ses conseillers, ses élus s’en affranchir à  divers niveaux; pourquoi l’obliger, lui, à  être un citoyen modèle ? Ne prend-on pas toujours exemple sur ce qu’on voit au quotidien ?

C’est bientôt la fin de l’année 2013, et nous souhaitons d’ores et déjà une bonne et heureuse année 2014 aux fidèles lecteurs de La Vie éco. Pour égayer nos fêtes, deux informations nous paraissent intéressantes. La première provient de la Cour des comptes, la seconde a été puisée dans les colonnes de La Vie éco.

La Cour des comptes est courroucée, et son rapport sur les financements des partis politiques ne fait pas dans la dentelle. Les organisations politiques ayant pignon sur rue bénéficient du soutien financier de l’Etat; il est donc normal que celui-ci se renseigne sur la manière dont l’argent public est dépensé… Et autant dire que ce n’est pas triste ! 35 partis sont légalement constitués au Maroc, mais seuls 20 d’entre eux ont répondu à la demande des magistrats en présentant leurs comptes, 8 seulement dans les délais impartis. A croire que les autres partis méprisent la Cour des comptes, mais ce n’est pas tout. Encore une fois, seuls 14 partis ont des comptes certifiés, les autres se contentant de vagues pages remplies de chiffres. Résultat des courses : la moitié des fonds publics a disparu dans la nature (105 millions de DH), puisque lesdits partis n’ont pu justifier que la dépense de 52% des fonds alloués. Et le reste, direz-vous ? L’Etat s’est alors mis (un peu) en colère. Il a sommé les partis de tenir dorénavant des comptes annuels certifiés, de fournir un état détaillé des dépenses, basé sur des pièces justificatives et des documents comptables…et accessoirement demandé le remboursement des sommes indûment avancées et non dépensées. Bien évidemment, ce courroux n’a inquiété personne, aucune somme n’a été remboursée, et tout le monde fait comme si de rien n’était. Alors les honorables magistrats de la Cour des comptes ont haussé le ton, et c’est là le point le plus intéressant juridiquement parlant. En effet, la Cour a émis une série de recommandations pour la plupart assez vagues (vérifier les dépenses, maîtriser les budgets, tenir une comptabilité certifiée, etc.), sauf la dernière qui est tout de même inattendue ! La Cour des comptes propose benoîtement d’«inciter les partis politiques et leurs candidats à respecter les lois et règlements en vigueur». Rien que ça. Tout simplement.

C’est comique ou tragique, au choix des lecteurs. L’injonction est saugrenue, car en principe des personnes qui s’adonnent à la politique, en font un métier, doivent au moins respecter les règles du jeu (à savoir la loi), sans qu’il soit besoin de le leur dire. On imagine mal, en France, en Allemagne ou en Espagne par exemple, et d’une manière générale en toute démocratie, un parti politique rappelé à l’ordre pour non-respect des lois en vigueur: ça ne ferait pas sérieux. Et c’est là que le problème apparaît tragique, car si les partis et leurs militants violent les dispositions légales, quel est alors leur vrai rôle dans la société ? Un parti encadre une population, qu’il séduit par ses idées, attire par ses propositions, et veille à son éducation morale, civique et citoyenne. Si les membres même d’une organisation politique ne donnent pas l’exemple, comment peuvent-ils espérer éduquer la société, la former, la faire évoluer dans le bon sens ? En un mot comme en cent, il ne faut donc pas s’étonner que le Marocain soit réfractaire aux lois : il voit ses députés, ses conseillers, ses élus s’en affranchir à divers niveaux; pourquoi l’obliger, lui, à être un citoyen modèle? Ne prend-on pas toujours exemple sur ce qu’on voit au quotidien ?
Il semblerait donc que parmi les réformes urgentes à initier, une remise à niveau des partis politiques s’impose, car ils représentent une école de formation pour la population, et il conviendrait de leur rappeler leurs obligations en matière de respect des réglementations en vigueur.

D’ailleurs, et pour clore l’année, je reprends une information parue récemment dans La Vie éco, et laisse nos fidèles lecteurs la méditer: «La majorité des nos parlementaires ignorent comment s’élabore une loi», et «en commissions la plupart des élus s’absentent, font leur courrier, et s’abstiennent en général de poser des questions ou de participer aux débats». Sauf que, une fois sortis du Parlement, on compte sur eux pour encadrer les citoyens, en leur apprenant notamment la stricte obéissance aux dispositions légales… Il y a comme un petit souci.

Bonne année à toutes et tous.