Madame stationne en 3ème position et monsieur brûle le feu rouge

On est souvent agacé par toute une avenue obstruée parce que madame ou monsieur a garé sa voiture en troisième position, le temps d’aller à  la pharmacie ou à  la boulangerie : et malheur à  celui qui proteste. Et pour ce qui est de la dégradation des biens et matériels publics, il n’est qu’à  faire un tour dans les jardins publics (en notant les vestiges de bancs en bois) ou à  observer les bus un lendemain du derby casablancais.

Le Maroc est un pays où la législation n’a jamais fait défaut. Il existe ainsi, à l’instar des pays développés, une multitude de textes, lois, dahirs ou circulaires destinés à gérer au mieux la vie quotidienne des Marocains. Ce qui signifie qu’il existe un système rodé : le gouvernement propose des lois, en fonction des attentes des citoyens ; le Parlement vote ces lois, si elles lui semblent conformes avec l’intérêt du peuple. Il ne reste plus qu’à les appliquer. Mais là, c’est une toute autre histoire.

J’avais déjà traité dans ces colonnes mêmes des difficultés que l’on rencontrait lorsque l’on demandait l’exécution d’un jugement, et je constatais alors que les services chargés de cette tâche étaient à tout le moins défaillants, sinon inefficaces, s’ils ne sont pas incompétents ou peu motivés. Mais il s’agit ici de l’application de la loi, texte souverain qui s’impose à tous les citoyens. Comment faire appliquer des dispositions législatives si le citoyen moyen n’a pas compris qu’il s’agit d’abord de l’intérêt général, et que celui-ci prime sur son intérêt personnel et privé ?

Prenons quelques exemples concrets et basiques: il est interdit de jeter des ordures dans la rue, de fumer dans un lieu public, de stationner n’importe où ou de détériorer des biens et matériels publics.

Ça, c’est ce que dit la loi, et l’on notera en passant que ce genre de loi existe dans tous les pays du monde. A Casablanca, certaines rues croulent sous les immondices, et le moindre terrain vague devient la décharge du quartier. Dans les édifices publics, comme le tribunal de Casablanca, il y a bien des écriteaux rappelant l’interdiction du tabac : on les croise à chaque tournant, ce qui n’empêche ni les justiciables, ni les fonctionnaires (magistrats, greffiers, policiers), ni les avocats, de s’en griller une paisiblement entre deux audiences. Compréhensif et courtois, le président du tribunal (lui-même non-fumeur) a quand même fait disposer quelques cendriers /poubelles le long des couloirs. En ce qui concerne le stationnement sauvage… tout Casablancais connaît ce fléau. On est souvent agacé par toute une avenue obstruée parce que madame ou monsieur a garé sa voiture en troisième position, le temps d’aller à la pharmacie ou à la boulangerie : et malheur à celui qui proteste. Et pour ce qui est de la dégradation des biens et matériels publics, il n’est qu’à faire un tour dans les jardins publics (en notant les vestiges de bancs en bois) ou à observer les bus un lendemain du derby casablancais.
Autant de situations hautement improbables dans d’autres pays qui ont pourtant les mêmes lois, comme l’Espagne, la France et plus généralement l’espace européen. Situations quasi introuvables dans certains Etats asiatiques (comme Singapour, ou la Malaisie à majorité musulmane).

Alors pourquoi le Maroc se distingue-t-il sur ce point, quel est le vrai rapport des Marocains avec la loi ? Le fait est que nos concitoyens considèrent qu’une directive étatique est faite pour être violée (on se soustrait à l’impôt), et une loi pour être transgressée (on ne respecte pas le code de la route).

Sous d’autres cieux, il existe deux protections contre ce genre de dérives : la première défense provient des citoyens eux-mêmes : essayez d’allumer une cigarette dans un aéroport ou gare ou tribunal européens : avant d’avoir terminé votre geste un quidam anonyme vous hélera pour vous montrer le panneau d’interdiction. Amusez-vous à brûler un feu rouge ou doubler par la droite en Europe : vous déclencherez un tel tollé (de la part de simples citoyens), que vous souhaiteriez disparaître. Ce qui signifie que les gens sont respectueux des lois, car ils comprennent bien où est leur intérêt. La seconde défense repose sur la dissuasion par crainte d’une sanction judiciaire. Et ailleurs, on ne badine pas avec les infractions, même minimes : il existe ainsi une sanction minimale qui s’appelle «le rappel de la loi». À la prochaine incartade, la loi s’appliquera dans toute sa rigueur.
Au Maroc, nous n’avons ni le premier garde-fou, ni le second, car autant les Marocains ne songeraient pas à reprocher à autrui ce qu’ils passent leurs journées à faire, autant les magistrats (marocains au fond d’eux-mêmes),  se montrent souvent laxistes et indulgents lorsqu’il s’agit de réprimer ce genre de déviation ! (A côté du tribunal, la majorité des magistrats et autres avocats sont souvent en stationnement …limite/limite).
Pour quand un changement général des mentalités ?