La peine de mort est relativement plus clémente qu’une condamnation à perpétuité

La plupart des démocraties ont aboli cette peine de leur arsenal juridique. Aux Etats-Unis, toutes les statistiques démontrent que l’existence de ce châtiment dans certains Etats n’a jamais eu d’influence réelle sur une baisse de la criminalité. Nos législateurs devraient réfléchir lors des prochains débats, et songer à faire sortir notre pays de la liste des pays pratiquant des «châtiments barbares».

Le verdict est donc tombé il y a quelques jours, et l’on apprenait que les meurtriers des deux jeunes Scandinaves avaient été condamnés à la peine capitale. Justice est faite, pourrions-nous dire, mais cela semble un peu plus complexe qu’il ne paraît. La peine de mort est depuis longtemps répertoriée comme un traitement inhumain et dégradant, par les diverses associations actives en la matière. Prenant donc en compte ces considérations, le Maroc agit en deux étapes. La première consiste à observer un strict respect des procédures. Il y a condamnation, certes, mais elle n’est pas définitive, et peut être susceptible de recours. Ce qui prend un certain temps, permet de ré-examiner l’affaire, et peut-être de casser ce verdict, au profit d’une condamnation d’emprisonnement. La seconde vient du moratoire adopté par le Maroc depuis assez longtemps, consistant à geler les exécutions capitales. Enfin, dans les faits, il y a en général une grâce royale, visant à commuer la peine de mort en peine de prison. Puis, au-delà de ces considérations, on peut émettre quelques commentaires. D’abord, on notera que, si l’opinion publique, et en particulier scandinave, se réjouit de ce verdict, elle se garde bien de garder cette peine dans son arsenal juridique: trop barbare pour des civilisations évoluées. Quand même descendantes des Vikings, qui n’ont pas laissé le souvenir d’être des enfants de chœur. Par contre, tout en se réjouissant du verdict, on peut entendre d’ici certains commentaires, du genre, la peine de mort, c’est la Loi du Talion: œil pour œil, dent pour dent, et cela ne correspond pas à l’idée qu’on se fait des peuples scandinaves.

Donc, on est d’accord pour un châtiment exemplaire, à la hauteur de l’horreur du forfait commis, mais sans pour autant cautionner et approuver ces pratiques d’un autre temps, consistant à tuer quiconque a tué ! Grand paradoxe, et épineux problème diplomatique, avec lesquels la justice et la diplomatie marocaines devront jongler ces prochains mois. Il aurait été plus judicieux et malin de se contenter d’une peine de prison à perpétuité, faisant ainsi d’une pierre deux coups. D’abord, le Maroc montre que, si des meurtres sont commis un peu partout dans le monde, lui, dispose d’une police et d’une justice, réactives et efficaces ; que son territoire est sûr, et qu’il garantit la sécurité à tous ses visiteurs, et que, si incident ou accident il y a, son Administration prend rapidement les mesures nécessaires: enquête, arrestation, traduction en justice. Ensuite, qu’étant un Etat civilisé, il a depuis longtemps, sous l’impulsion royale, adopté une politique de… tolérance et bienveillance. Puisque la peine de mort n’a pas encore été abolie par notre système judiciaire, il est normal que les tribunaux l’appliquent, c’est dans la Loi. Par contre, par Sa volonté, le Souverain, détenteur unique du droit de grâce, au nom du peuple marocain, démontre aussi, quand il décide son application, d’afficher au reste du monde la clémence dont ce peuple est capable. Par ailleurs, ce procès et ce verdict représentent une bonne occasion de se pencher à nouveau sur la question. La plupart des démocraties ont aboli cette peine de leur arsenal juridique.

Aux Etats-Unis, toutes les statistiques démontrent que l’existence de ce châtiment dans certains Etats n’a jamais eu d’influence réelle sur une baisse de la criminalité. Nos législateurs devraient réfléchir lors des prochains débats, et songer à faire sortir notre pays de la liste des pays pratiquant des «châtiments barbares». Tout en ayant en mémoire que la peine de mort est un traitement relativement plus clément qu’une condamnation à perpétuité. Verdict aussi cruel, qui tue aussi,…mais à petit feu !