Il y a de la réforme dans l’air…

à€ la barre des prévenus, comparait un jeune homme, plutôt embarrassé: une ronde de police l’a surpris l’avant-veille dans une posture non équivoque, en compagnie d’une jeune fille, à  peine plus vêtue que lui.

Le ministère de la justice l’affirme: le nouveau code pénal sera bientôt promulgué, et sa mise en application effective ne saurait tarder. C’est déjà une bonne nouvelle, sachant que le texte en vigueur aujourd’hui n’est pas très jeune, et qu’il remonte à 1958 ; certes, il a bien subi quelques liftings au cours des ans, des raccords par-ci par-là, des rajouts périodiques, ou des réaménagements ponctuels, mais cela s’est avéré insuffisant au regard du développement rapide de notre société. Ceci étant, on ne relève pas de grandes modifications, en général, si ce n’est un certain flottement et un durcissement (discret, anodin, mais bien réel) de la politique pénale appliquée par le gouvernement. Par exemple, pas de peines alternatives, montant des amendes dérisoire et guère dissuasif, inefficacité des juges chargés de contrôler les peines édictées…

Ainsi des peines privatives de liberté: alors que dans le monde entier la tendance est à la tolérance en général, là on bétonne, et on en rajoute. Prenons un exemple simple et concret ; depuis quelques années l’animation culturelle est en plein essor: en témoignent les nombreux festivals qui se déroulent en été, et dont certains ont acquis une dimension internationale, comme celui de Mawazine, qui draine chaque année un public de plus en plus nombreux, et dont la vocation est de rassembler des milliers d’amateurs de bonne musique dans une ambiance festive et décontractée. Des gens sympathisent, des liaisons se nouent -ce qui ne veut pas dire qu’ils font ce qu’ils veulent, n’importe où … Et quand des imprudents se font prendre, notre code prévoit des peines de prison pour le délit de relations sexuelles hors mariage.

Encore tout récemment, le tribunal pénal de Casablanca a encore sévi. À la barre des prévenus, comparait un jeune homme, plutôt embarrassé: une ronde de police l’a surpris l’avant veille dans une posture  non équivoque, en compagnie d’une jeune fille, à peine plus vêtue que lui. Le président annonce la couleur, en l’occurrence la qualification juridique de ce que peuvent faire deux jeunes s’animant passionnément : débauche, atteinte aux bonnes mœurs, sans oublier l’outrage public, le tout passible d’une ou deux années de prison ferme. Le procureur, fidèle à son rôle, demande d’une voix tonitruante la condamnation du jeune homme à six mois de prison, sans sursis, et celle de la jeune femme (ils ont tous les deux entre 22 et 25 ans) a deux mois assortis de sursis ; ce qui signifie qu’en cas de condamnation le jeune homme ira directement du tribunal à la prison locale. En observant cette scène, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la société marocaine et ses contradictions, et d’abord sur le maintien de cette disposition pénale qui prévoit et réprime les relations intimes hors mariage. La neige a vocation à se transformer en eau, qui alimentera les fleuves, qui se jetteront dans la mer. C’est ainsi, et il en sera toujours ainsi.

L’homme et la femme, depuis Adam et Ève, ont eu pour vocation de se reproduire, pour le plus grand bien de l’Humanité…, Et les procureurs qui requièrent, les juges qui condamnent, n’ont-ils jamais eu vingt ans, n’ont-ils jamais pris eux-mêmes quelques libertés avec la morale et les codes sociaux? Ces dignes magistrats, austères et sévères en salle d’audience, n’ont-ils pas de progénitures ? Quelle sera leur attitude si l’un de leurs enfants se faisait surprendre en galante compagnie, dans une situation pareille ? Car, que l’on sache, les rejetons de juges, procureurs ou policiers, sont comme tout le monde, et doivent bien faire passer leur jeunesse, car un cursus d’étudiant ne comprend pas uniquement la fréquentation assidue des amphithéâtres et autres bibliothèques, mais également la possibilité de nouer des contacts, d’avoir des relations avec autrui… et plus si affinités !

Et donc, parmi toutes les réformes promises dans le monde judiciaire, il devient urgent d’abroger la disposition pénale réprimant les relations sexuelles hors mariage. Tout bêtement pour ne pas essayer de contrer ce qui est inévitable sous toutes les latitudes, et en profiter pour ouvrir un débat public sur le bien-fondé de pas tout soumettre au juridique, mais admettre l’évolution des mœurs et des comportements dans une société (la nôtre), qui entend poursuivre son évolution, aussi bien sur les plans politique et économique, mais aussi social et humain n