Divorce : la moutaa, la pension… et les crédits

Récupérant une copie de l’arrêt de divorce, il constate que le magistrat lui laisse la jouissance de l’appartement pour lequel il s’est endetté jusqu’au cou, mais octroie tous les meubles à  l’épouse divorcée… bien que ce soit le mari qui avait assuré l’ameublement, en achetant lit, fauteuils, télévision, cuisinière, etc. Le voilà  donc sans épouse, mais dans un appartement vidé de tout son contenu.

Certaines dames ne perdent pas le Nord lorsqu’il s’agit de chercher à gagner de l’argent. Tout est alors bon pour parvenir à leurs fins.
Un jeune couple a décidé de divorcer, constatant que la vie en commun ne leur réussissait pas trop. Ils n’ont pas d’enfants et ne vivent ensemble que depuis deux années. Mais s’ils sont d’accord sur la nécessité de se séparer,  ils n’arrivent pas à s’entendre sur les modalités pratiques : qui va garder l’appartement ? Quels objets sont à l’un plutôt qu’à l’autre ? Quel sera le montant de la pension alimentaire ?

Une procédure judiciaire est engagée par le mari qui argue de l’impossibilité de continuer la vie conjugale pour incompatibilités diverses. Mais l’épouse en colère refuse les convocations  qui lui sont adressées, puis, six mois après le début de la procédure, accepte soudain de se rendre au tribunal. Le magistrat en charge du dossier essaye une tentative de conciliation qui échoue. Les deux parties sont convoquées une seconde fois, chacun accompagné d’un membre de sa famille pour une autre tentative, qui ne donne rien. Constatant le désir irrévocable du couple de se séparer, le magistrat met le dossier en délibéré, et, au bout de quinze jours, rend son arrêt : le divorce est prononcé, sous la condition expresse que le mari consigne la somme (rondelette) de 40 000 DH auprès de la caisse du tribunal, qui représente un dédommagement pour l’épouse divorcée. Le mari dispose de trente jours pour effectuer ce dépôt, sous peine de voir sa demande de divorce rejetée. La somme est d’importance pour ce cadre moyen. Il contacte donc ses amis, relations, sa famille ; il se démène, emprunte, vend quelques objets superflus, et, deux jours avant la date butoir, se présente à la caisse afin d’y déposer le montant en question. Il prend son reçu et attend la suite des évènements.

Il ne sera pas déçu. Récupérant une copie de l’arrêt de divorce, il constate que le magistrat, dans sa grande mansuétude, lui laisse la jouissance de l’appartement pour lequel il s’est endetté jusqu’au cou, mais octroie généreusement tous les meubles à l’épouse divorcée… bien que ce soit le mari qui avait (avec d’autres crédits) assuré l’ameublement, en achetant lit, fauteuils, télévision, cuisinière, etc.

Le voilà donc sans épouse, mais dans un appartement vidé de tout son contenu. Celle qui refusait de venir aux audiences, et qui n’en espérait pas tant, a immédiatement fait exécuter le jugement, en envoyant une solide équipe de déménageurs  qui a tout enlevé en quelques heures, même et y compris certains objets appartenant au mari mais non spécifiés dans l’arrêt, comme son bureau personnel, quelques bibelots décoratifs, ou son armoire à vêtements !

Il n’aura même pas le temps de s’en offusquer car voilà qu’il reçoit une nouvelle convocation émanant du tribunal pour une audience dont il ne comprend pas le sens. N’est-il pas divorcé ? Ne s’est-t-il pas acquitté des fameux 40 000 DH ? Il comparait donc à la date fixée par la Cour, demande poliment de quoi il ressort, en expliquant le comportement de son ex-épouse, le spoliant de ses propres biens. Mais le tribunal l’interrompt : «Ceci ne nous concerne pas. Par contre, votre épouse affirme que durant toute la procédure de divorce, soit pendant six mois, vous avez omis de verser la pension alimentaire due». Le mari essaye d’expliquer que c’est elle qui a quitté le domicile conjugal, qui a refusé de prendre les convocations, et que, de toute façon, la somme versée, soit quarante mille dirhams était amplement suffisante pour la dédommager ! Que nenni, lui rétorqua la magistrate chargée de statuer : il ne faut pas tout mélanger, monsieur ; il y a la Moutâa (compensation), évaluée par mon collègue à 40 000 DH, et il y a la pension alimentaire pendant la vie conjugale, et que j’évalue à 3 000 DH par mois ; et donc pour que votre divorce soit validé définitivement, la Cour vous condamne à verser 21 000 DH, correspondant à sept mois de procédure.

Comme dit le dicton arabe, on ne sort pas du bain comme on y entre : se marier, c’est simple , se séparer c’est plus complexe ! ET avec plus de 60 000 DH versés, notre pauvre homme jura que l’on ne l’y reprendrait plus à convoler en «justes» noces !