De la sécurité dans les tribunaux…

les portiques ne sont plus utilisés, tout le monde passe à  travers, ils émettent des sifflements continus, auxquels plus personne ne fait attention. Aucun sac n’est vraiment fouillé, et les scanners ont les prises qui pendent par terre. Le bon vieux laxisme est revenu, permettant toutes les folies humaines, comme l’irruption d’un tireur fou, ou la pose d’un engin piégé dissimulé dans un cabas d’apparence anodine ! Quiconque pénètre hardiment dans un tribunal, tête baissée, AVEC une mallette débordant de papiers, sera considéré comme un simple plaideur ou un avocat en plein travail, et ne sera donc pas contrôlé

Récemment, une convention a été conclue entre les ministères de l’intérieur et celui de la justice, en vue d’améliorer la sécurité dans les tribunaux. Et la presse d’annoncer fièrement que «près de 200 mokhaznis» seront désormais affectés aux palais de justice afin de garantir le calme et la quiétude en ces lieux fort fréquentés par les citoyens. En fait, en matière de sécurité, nos tribunaux sont très vulnérables, et l’on ne peut que se féliciter de n’y avoir enregistré aucun incident grave depuis des années, en croisant les doigts pour que cela dure.

Récapitulons : dans un tribunal, il y a des magistrats (et une cohorte de fonctionnaires de tous grades), les spécialistes du droit (avocats, experts, huissiers…), les justiciables, (c’est-à-dire les citoyens ayant des affaires à régler devant des juges), ou encore des prévenus (ceux ayant des comptes à rendre à la justice). A l’entrée de chaque tribunal, on trouve un policier débonnaire, bon enfant, cordial et sympathique. Il ne filtre pas les entrées, il observe les entrants, nuance, tout en finesse et en souplesse. Il en profite pour lier connaissance avec les gens, donner un conseil par-ci, par-là… A l’intérieur de l’enceinte, c’est pareil: quelques policiers déambulent  gentiment, à travers les locaux et les cours centrales. Un policier est toujours de faction devant les bureaux des présidents, des procureurs et le couloir abritant les bureaux des magistrats… Et c’est à peu près tout.

Depuis les attentats terroristes de 2003 à Casablanca, le niveau de sécurité a été revu à la hausse. Des portiques de sécurité ont été installés à l’entrée de tous les tribunaux, ainsi qu’un scanner pour les sacs, serviettes ou cartables, que transportent en général les habitués des lieux. Un système de carte a été institué pour les visiteurs, tenus de laisser leur CIN à l’entrée. Et le nombre de policiers a quasiment doublé partout, passant ainsi d’un à deux agents dans les petits tribunaux, et atteint le chiffre record de quatre ou cinq dans les grands tribunaux civils, comme à Casablanca. Dans les tribunaux de commerce, on estime, peut-être, que les litiges qui s’y règlent sont de banales affaires commerciales, et seuls trois agents sont présents en permanence à l’intérieur de cet immense complexe qui abrite le tribunal de commerce et sa Cour d’appel. Relevons en passant qu’un gentil monsieur qui vient de se voir déposséder de toute une fortune au moyen d’arguments juridiques qu’il conteste, peut aussi avoir de solides envies de meurtre ! Mais ces dernières années, on est retourné aux vieilles habitudes : les portiques ne sont plus utilisés, tout le monde passe à travers, ils émettent des sifflements continus, auxquels plus personne ne fait attention. Aucun sac n’est vraiment fouillé, et les scanners ont les prises qui pendent par terre. Le bon vieux laxisme est revenu, permettant toutes les folies humaines, comme l’irruption d’un tireur fou, ou la pose d’un engin piégé dissimulé dans un cabas d’apparence anodine ! Quiconque pénètre hardiment dans un tribunal, tête baissée, l’air affairé, la mine sérieuse, avec une mallette débordant de papiers, sera considéré comme un simple plaideur ou un avocat en plein travail, et ne sera donc pas contrôlé.

Il serait bon (voire impératif et vital), de parvenir à un réel équilibre, car la tâche n’est pas aisée : entre l’obligation légale de veiller à ce que les audiences soient publiques, et accessibles aux citoyens, et la nécessité d’un contrôle strict et efficace, la marge est ténue. Au tribunal de première instance de Paris, par exemple, deux entrées sont prévues: la première aux formalités allégées est réservée aux professionnels, la seconde, véritable barrière, est destinée aux citoyens, justiciables ou visiteurs; parfois, lors des grands procès, il y a foule, ça se bouscule, ça bloque un peu… mais une fois dedans, on est sûr d’y être en totale sécurité. Exemple à imiter.