Un de mes managers refuse d’être coaché

Je dirige une équipe de managers, donc, c’est à eux de faire faire à leurs équipes les décisions que je prends. Mais j’ai un manager qui a vraiment besoin d’être coaché. C’est vrai, un expert dans son domaine mais il est trop directif avec ses équipes et ne sait pas déléguer. Or, nous devons réussir un projet très important et il ne pourra pas le faire seul! Je lui ai proposé un coaching qu’il a refusé en me disant qu’il n’avait pas le temps pour ces bêtises et que si je voulais que ce projet aboutisse je devais le laisser faire son travail.

Que me conseillez-vous ?

Bravo, car vous avez eu la bonne réaction en cherchant à faire coacher cette personne. Cela démontre que vous êtes réellement investi dans la carrière de votre collaborateur et que vous croyez en son potentiel.

Il refuse : Tant mieux !

Il y a plusieurs raisons qui expliquent le refus d’un coaching mais un seul avantage : Ne pas s’aventurer dans un accompagnement «maquillage» qui n’aboutira à rien, puisque le collaborateur concerné ne s’appliquera qu’au minimum (et qu’en surface) pour continuer à faire ce qu’il faisait de la même manière qu’avant une fois le coaching terminé. Il sera même capable de «jouer» au «coaché parfait» pour satisfaire tout le monde et passer à autre chose. Ainsi, ce refus FRANC et direct est en réalité une aubaine pour vous, pour lui et…pour son coach !

Pourquoi ce refus

La première cause est sans doute la PEUR ! Une émotion régit beaucoup plus de nos pensées, actions et indécisions qu’on ne l’imagine !

La peur de devoir se dévoiler (qui plus est à un étranger), et notamment sa vulnérabilité pourrait expliquer ce refus. Certaines personnes pensent qu’il faut se montrer fort, infaillible et autonome en toute circonstance. Cela s’explique souvent par des événements dans le passé qui ont forgé ces croyances et qui les ont amenées à masquer leur identité réelle pour ne montrer que celle du «manager parfait qui assure et qui est un expert indiscutable dans son domaine». C’est sans doute la cause la plus complexe à dépasser, mais il y en a d’autres comme :

• Il ne croit pas au coaching qui n’est pour lui que du «blabla» qui ne sert à rien.

• Il pense que vous ne COMPRENEZ pas sa situation, les lacunes de ses équipes, son manque de budget, et que le problème n’est pas lui mais les AUTRES.

• Il pense sincèrement que son temps est trop précieux (surtout en période de pic de projet) pour le perdre à cela.

• Il pense être incapable de changer et/ou n’en voit pas l’intérêt.

Aussi, vous le voyez, vous n’essayez pas de convaincre un manager d’être coaché, la situation est bien plus complexe que cela, et le savoir est déjà un commencement de solution! Alors, prenez le temps d’envisager cette situation et de comprendre cette personne sous tous ces angles, plutôt que de la juger hâtivement.

Prendre le temps qu’il faut

Toutes ces cause sont assez complexes à dépasser mais vous pouvez le faire en :

• Vous intéressant réellement à ses contraintes (plutôt que de les balayer d’un «mais si tu faisais un coaching, ça serait plus facile, en fait tu as du temps, c’est juste que tu délègues mal…»). Parlez avec lui et surtout écoutez- le, en cherchant vraiment à le comprendre (sans pour autant abonder dans son sens). Ainsi, il vous écoutera à son tour plus attentivement, convaincu qu’il sera que vous connaissez VRAIMENT son contexte.

• Citant des exemples de grands patrons qui «sont passés par là» (l’ego n’est jamais très loin de ces questions…)

• En le rassurant sur son expertise en hard skills à chaque fois que cela est possible.

• En choisissant avec grand soin la personne qui sera en charge de son coaching : experte de son métier, préservant la confidentialité et s’appuyant sur une expérience solide (de préférence ayant déjà accompagné des personnes occupant la même fonction que lui).

• En vous assurant de ne pas surcharger son agenda avec d’autres projets (car ils seront toujours prioritaires à ses yeux).

• En commençant sur des sujets «simples» de coaching pour obtenir des résultats rapides et lui donner envie d’aller plus loin avec son coach.

Toutes ces actions devront se dérouler dans la durée ! On ne coache personne dans l’urgence. Car une transformation passe par une prise de conscience, une relation de confiance qui se crée avec le coach, des «essais» qui réussissent ou qui échouent : un cheminement qui prend du temps et… de la délicatesse.

A vous de jouer !