La guerre entre milleniums et boomers !

Après une erreur d’envoi d’email qui avait un long historique où je détaillais avec un groupe de collègues pourquoi notre supérieur avait pris une mauvaise décision concernant le montant d’un budget, je me retrouve avec une situation que je ne sais pas comment traiter : dois-je aller le voir pour en discuter et qu’il comprenne que ce n’était pas contre lui, que nous ne «complotons pas» mais au contraire que nous sommes très impliqués et voulons comme lui le bien de l’entreprise. Et que cela ne se fera pas avec la mauvaise décision qu’il a prise ? Le problème c’est que c’est quelqu’un d’assez âgé et qui croit dur comme fer avoir la vérité quand nous «les milleniums» ne comprenons rien à la vie. Que me conseillez-vous ?
V.M.- Casablanca

Les spécialistes en ressources humaines aiment beaucoup créer de nouveaux mots pour qualifier certains concepts. Mais, parfois, c’est à se demander si cela est une bonne idée, car, à force, des camps adverses se créent, alors même qu’il ne s’agit QUE d’êtres humains en beaucoup de points semblables au fond…

Des mots pour des maux

Nous n’avons jamais eu à notre disposition autant d’outils de communication, et, pourtant, cela ne nous prémunit pas de malentendus de plus en plus nombreux en entreprise ! Et ces malentendus gagneraient à être CHIFFRES car ils coûtent beaucoup plus qu’on ne peut le soupçonner en conflits, retards, bâtons dans les roues ou turn-over ! A force de conceptualiser ces DIFFERENCES, elles ont fini par être ancrées dans les esprits beaucoup trop fortement, ôtant ainsi toute notion de mesure ou de simple bon sens. Les milleniums d’un côté avec leur «cancel culture» voulant interdire tous les  symboles d’un monde révolu à leurs yeux, et les boomers qui ont détruit la planète et profitent pour certains d’une retraite injustement payée par la jeune génération. Mais nous savons que la vie est à la fois plus complexe et subtile que cela, n’est-ce pas ?

Alors, si vous ôtiez ce filtre-là et que vous optiez pour un regard plus objectif sur la situation et cette personne en vous posant la question suivante : Qu’est-ce qui, objectivement, pourrait expliquer la position de cette personne et ce, en dehors des aspects générationnels ?

Menace ou opportunité ?

Lorsque nous essayons vraiment de comprendre une décision pour laquelle nous ne sommes pas d’accord et que nous le faisons factuellement, nous sommes déjà sur la voie de la compréhension et pourquoi pas du consensus. Dans le cas contraire, nous trouverons toujours de quoi alimenter notre postulat de départ…

Lorsqu’une personne considère une idée comme une menace, elle réagit souvent par le refus. Mais analysons cette réaction. Je me souviens d’un responsable qui refusait toute digitalisation de son département (et alors que toute l’entreprise en avait pris le chemin) tout simplement car il était convaincu de ne pas être capable de suivre le mouvement et craignait d’être «laissé au bord de la route», il trouvait ces changements très intéressants, mais avait peur pour LUI. Et cela n’est pas forcément générationnel, car un jeune de 25 ans (vendeur) avait lui aussi agi de la «même manière» en cassant un outil technologique tout simplement, car il n’avait pas été suffisamment formé à son utilisation et craignait de voir ses résultats amoindris par un manque de maîtrise de cet outil. Une fois formées et rassurées sur leurs aptitudes à maîtriser certains outils, ces personnes étaient les premières ambassadrices du changement !

Donc, nous le voyons, les gens ne sont pas contre le progrès ou les nouvelles idées sans raison, ils le deviennent quand ils les considèrent comme UNE MENACE, car se considérant inaptes à en être acteurs ou utilisateurs.

Et c’est pour cela que, annoncer un changement majeur à force de slides complexes illustrant le virage à 180° qui sera opéré, est une très mauvaise idée, car ce changement fait PEUR au lieu de démontrer son attractivité et sa capacité à fédérer toutes les expériences des plus anciennes aux plus jeunes et donc sa FAISABILITÉ pour et par tous.

Rétablir un vrai dialogue

Votre manager découvrant cet email (boucle dans laquelle il est par erreur) pourrait dans un premier temps mal interpréter cette situation (vous le seriez aussi si vous étiez à sa place). Alors, allez le voir sans tarder et expliquez lui simplement la vérité: Vous avez une autre idée, vous aimeriez en débattre avec lui, et vous n’avez pas osé le faire, car il n’a jamais le temps, ou encore vous craignez sa réaction. La confiance (et la confiance en vous-même en premier lieu !) doit être rétablie  pour voir un dialogue sain -car franc- naître enfin. Un vrai dialogue où chacun écoutera pour comprendre et non juger ou contredire. Ou une nouvelle idée ou approche serait considérée comme une chance d’avancer mieux et plus vite plutôt que comme une menace sur un pré carré jalousement protégé.

Le combat des générations est comme une guerre néfaste. C’est au contraire au moment où nous devenons alliés que nous grandissons…ensemble !.