Scans
Abécédaire 2023 : Du Tremblement de terre à Zarzour (4/4)
Quoi de mieux que des mots pour restituer les événements qui ont marqué la société et l’économie marocaine au cours des douze derniers mois. T comme «Tremblement de terre», U comme «Union européenne», V comme «Visa Schengen», W comme «World Bank», X comme «X-links», Y comme «Yennayer» et Z comme «Zarzour»
T comme
Tremblement de terre
Une capacité à se relever
Il y a un avant et un après 8 septembre. Certes le choc du séisme d’Al Haouz était immense, notamment au regard des dégâts humains et matériels qu’il a engendrés, mais c’est surtout au niveau de la gestion de ses conséquences, qui a été exemplaire, que le Royaume s’est une nouvelle fois illustré. Face à l’ampleur de la catastrophe, la mobilisation était générale. À commencer par celle des Forces Armées Royales ou encore celle de la Fondation Mohammed V pour la solidarité, en passant par les différents départements ministériels, ainsi que celle de différentes composantes de la société civile. Le sursaut solidaire citoyen en est l’illustration. Et sur Hautes instructions royales, il fallait parer aux urgences en répondant aux besoins immédiats des sinistrés. Entre autres, à travers les aides directes, que ce soit celles octroyées aux foyers touchés ou encore celles orientées vers la reconstruction des logements, totalement ou partiellement effondrés. Les actions menées ont été inscrites dans une dimension plus large, et ce, à travers un programme intégré pour la reconstruction et la mise à niveau générale des régions touchées. Le tout pour une enveloppe globale de 120 milliards de dirhams à mobiliser sur cinq ans. Avec pour mots d’ordre : célérité, convergence et efficacité. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que la résilience du Maroc est citée en exemple.
U comme
Union européenne
Un partenaire serein
Entre Rabat et Bruxelles, c’est une histoire complexe. Partenaire stratégique de premier plan de l’UE, le Maroc est réceptionnaire d’investissements, d’aide au développement et de soutien financier. Les échanges commerciaux entre le Royaume et les pays membres de l’Union sont en perpétuelle croissance, surtout depuis la déclaration conjointe de 2019. L’économie verte, notamment les énergies renouvelables et l’hydrogène vert, est l’un des créneaux de coopération dans lesquels les deux parties viennent de se lancer. Les échanges réguliers qu’entretiennent les responsables marocains et européens témoignent aussi de la centralité du partenariat multidimensionnel qui lie les deux parties. Mais il y a toujours ce grain de sable qui fait grincer les rouages et force la machine à l’arrêt de temps en temps. Aujourd’hui, l’accord de pêche, dont le protocole d’application a expiré le 17 juillet 2023, est suspendu à une décision de la Cour de justice de l’UE. Il en est de même, mais de manière différente, pour l’accord agricole. Dans tous les cas, la CJUE devra statuer entre juin et septembre 2024. D’autre part, le Parlement européen joue, lui aussi, aux trouble-fêtes. La résolution du 19 janvier 2023 et la manière dont elle a été élaborée et adoptée sont un exemple. Cependant, serein, le Maroc attend patiemment que les institutions européennes, la Commission, le Parlement et la CJUE se mettent sur une même longueur d’onde pour aviser.
V comme
Visa Schengen
Rendez-vous à tout prix !
Décrocher un rendez-vous pour un visa Schengen est devenu un calvaire. De même qu’un service payant offert par des intermédiaires a fait son apparition. Ces courtiers des visas profitent des bugs du système pour se positionner comme les véritables gérants des réservations de demandes en faisant tourner des automates. Les prix pour un rendez-vous commencent à 1.500 dirhams par dossier pour culminer dans certains cas jusqu’à 10.000 dirhams. C’est que la demande des Marocains est forte, très forte même. Avec 423.201 demandes de visa déposées et 33,8 millions d’euros dépensés, le Maroc arrive en tête de liste des pays ayant le plus grand nombre de demandes de visa Schengen du continent africain en 2022, selon les dernières statistiques de Schengen Visa Info. Selon ce site spécialisé, plus de la moitié de ces demandes ont reçu une réponse positive (57,5%), soit un total de 282.301 demandes. La France figure évidemment parmi les pays qui enregistrent le plus de demandes, mais aussi le plus de refus. Une tendance qui s’est accrue avec l’annonce par le Quai d’Orsay de la réduction de moitié du nombre de visas accordés aux Maghrébins. Une restriction qui a d’ailleurs été levée au cours de l’année 2023.
W comme
World Bank
Kingdom de la Finance… What else!
Le partenaire financier du Maroc s’est lié au FMI pour tenir ses assemblées annuelles à Marrakech du 9 au 15 octobre dernier. C’est en 2018 que le Royaume a été désigné officiellement pays hôte de cette grand-messe, sur 13 candidatures déposées. Cette édition a été programmée en 2021, reportée à 2022, puis à 2023, à cause de la crise sanitaire mondiale. À un mois de la tenue de ces réunions, un séisme dévastateur a frappé la région de la ville ocre. Cela n’a pas empêché les institutions de Bretton Woods de maintenir ces réunions. Signe de résilience du Maroc certes, mais aussi de confiance de ces organisations dans la capacité du Royaume à gérer les conséquences de cette catastrophe naturelle. Ils n’ont pas eu tort, puisque l’évènement a été qualifié de succès. Il a rassemblé 14.000 participants de haut niveau, venus de 189 pays membres. Ce n’est plus à prouver, le Maroc joue des coudes avec les grands et ça lui réussit ! La Banque mondiale a toujours répondu présent à l’appel du Maroc lors de périodes difficiles. D’ailleurs, elle a signé sa première intervention en 1964 lorsque le Royaume traversait une crise financière et économique post-indépendance. En 1998, elle installe son siège au Maroc. Depuis, l’intervention de la World Bank prend la forme de cadre de partenariat stratégique. Le pays est classé 11e bénéficiaire des financements de la Banque mondiale avec 1,85 milliard de dollars approuvés en 2023.
X comme
X-links
Les foyers britanniques éclairés à partir de Guelmim
Éclairer les foyers de plus de 7 millions de Britanniques, soit 8% des besoins électriques du Royaume-Uni, à partir du Maroc. C’est ce que prévoit le projet fou d’interconnexion électrique entre les deux pays. Un chantier pharaonique qui nécessitera 20 milliards d’euros d’investissement. Il consiste en une nouvelle installation de production d’électricité entièrement alimentée par l’énergie solaire (12 millions de panneaux solaires) et éolienne (500) combinée à une installation de stockage par batterie. Situé dans la région marocaine de Guelmim-Oued Noun, riche en énergies renouvelables, il sera connecté exclusivement à la Grande-Bretagne via 3.800 km de câbles sous-marins. D’ici 2026, Xlinks générera 11,5 GW d’électricité sans carbone pour fournir 3,6 GW d’énergie fiable pendant plus de 20 heures en moyenne par jour. Au début, peu d’observateurs y avaient cru. Mais c’est en 2023 que les prémices de sa mise en œuvre ont vu le jour, avec les engagements de plusieurs parties, notamment les gouvernements britannique et marocain, en plus d’organismes et d’entreprises privées intéressés par ce projet unique en son genre. En octobre, la première réunion entre officiels marocains et britanniques a été tenue pour discuter des premières étapes nécessaires au début de ce chantier intercontinental. L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a également annoncé son soutien au projet. Fin novembre, TotalEnergies a annoncé sa participation en misant 20 millions d’euros. Taqa et Octopus devraient, de leur côté, investir près de 37 millions de dollars.
Y comme
Yennayer
Asgas Mbarki
Le 14 janvier n’est plus un jour comme les autres. Depuis mars 2023, il a été décrété jour férié, sur décision royale. Naguère célébré un peu partout au Royaume, sous différentes formes et nominations, il rassemble aujourd’hui tout le pays autour d’un élément des plus enracinés de son patrimoine. D’aucuns y voient un prolongement dans le passé de l’histoire déjà multimillénaire du Royaume, d’autres une manière d’inscrire la culture amazighe dans le quotidien. Pour tous, la célébration officielle et consacrée, pour la première fois, en 2024, du Jour de l’An amazigh est la continuité d’un processus lancé il y a un peu plus de 20 ans, à Ajdir dans la région de Khénifra où le Souverain avait prononcé le discours qui a réconcilié, progressivement, les Marocains avec leur histoire, leur patrimoine culturel et identitaire. En un peu plus de 20 ans, la question amazighe a été un chantier en perpétuelle évolution, elle a eu droit à sa déclinaison territoriale. L’alphabet tifinagh est consacré, la langue fait son entrée à l’école en 2004, dans les médias et puis dans la Constitution, en 2011. Elle est encadrée par une loi organique, promulguée en 2019. L’amazigh est devenu, cette fois officiellement, une partie intégrante de l’identité nationale. Elle est partout.
Z comme
Zarzour
Le «bartouch» mis en musique
C’est incontestablement le tube de l’été. Mis en ligne par le chanteur franco-marocain L’Artiste en juin dernier, le vidéo clip va cumuler les 75 millions de vues et le compteur Youtube continue de s’affoler. C’est que le clip séduit par sa simplicité, sachant qu’il a été tourné à Imintanout, dans le village natal de Youssef Akdim (L’Artiste de son nom de scène). Son rythme enivrant fusionne la musique traditionnelle marocaine avec des sonorités contemporaines. Mais la chanson transcende les frontières musicales. Il a aussi été l’incarnation d’un phénomène culturel : «le bartouch» (comprenez la garçonnière) avec ses histoires d’amour, de joie et de déception raconté dans les lyrics. Le terme a d’ailleurs fait polémique sur les réseaux sociaux au fur et à mesure que la chanson connaissait du succès en trouvant sa place dans toutes les célébrations. Censuré pendant plusieurs semaines sur les radios marocaines, le tube va finir par intégrer les playlists FM avec un réaménagement qui fait toute la différence : Le mot «bartouch» est tout bonnement supprimé. C’est «barcha» puritanisme mixé à de l’hypocrisie sociale.
