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Réforme de la retraite : Le chantier reprend

Les négociations vont reprendre dans quelques jours. Le gouvernement s’est fixé l’échéance 2025 pour boucler la réforme et élargir l’assiette des adhérents aux régimes de retraite pour inclure les personnes qui exercent un emploi et ne bénéficient d’aucune pension.

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C’est difficile, mais c’est inéluctable. La réforme des régimes de retraite civile est surtout un processus qui doit se faire dans le cadre d’un consensus entre les acteurs concernés. Partout dans le monde où ce processus a été entamé, la France est aujourd’hui un exemple, cette réforme se fait le plus souvent dans la douleur. Nous en avons eu d’ailleurs un aperçu, sous l’ancien gouvernement de Benkirane, mais sa tentative de sauver la caisse de retraite des fonctionnaires n’est pas allée jusqu’au bout. Elle s’est même révélée inefficace, puisque nous sommes presque exactement au même point d’avant cette réformette. La réforme est inéluctable parce que la raison d’Etat social l’exige.

Lors de son discours d’investiture, en 2021, devant le Parlement, le chef du gouvernement s’était alors engagé à boucler les chantiers sociaux avant la fin de son mandat. Généralisation de l’AMO, pour commencer, puis, en parallèle, la réforme de l’enseignement et de la santé. Ensuite, la réforme du système d’aides sociales directes, et, enfin, la généralisation de la retraite et de l’indemnité pour perte d’emploi.

L’échéance 2025 a ainsi été fixée pour l’élargissement de l’assiette des adhérents aux régimes de retraite pour inclure les personnes qui exercent un emploi et ne bénéficient d’aucune pension. Cela dit, au point où il en est dans sa politique de l’ancrage de l’Etat social, le gouvernement non seulement ne compte pas s’arrêter, mais il est même parti pour boucler son agenda social avant la fin de son mandat.

C’est donc une urgence au point que les syndicats reviennent là-dessus dans leurs revendications à l’occasion du 1er Mai, que le ministre chargé de l’Emploi lui consacre, la veille, une partie de son allocation annuelle à la même occasion et surtout qu’un jour plus tard, la présidente de la Cour des comptes s’arrête sur ce même sujet lors de son passage devant les deux Chambres réunies du Parlement. Comme nous l’avons suivie, Zineb El Adaoui a alerté sur le risque de liquidité qui pèse sur le régime des pensions civiles de la Caisse marocaine des retraites (RPC-CMR). Malgré la réforme paramétrique de 2016, les réserves se dégradent à vue d’œil et courent le risque d’épuisement.

Transition démographique
Il y a un autre paramètre qui rend cette réforme inéluctable. Le Maroc, comme le soulignent les spécialistes, a connu l’une des transitions démographiques les plus rapides dans le monde. En deux décennies, l’indice de fertilité est passé de 4,9 enfants par femme à seulement 2,2. En même temps, et grâce à l’amélioration des conditions de vie, le Royaume gagne chaque décennie 3 ans d’espérance de vie. Cela au moment où à peine 25% des actifs cotisent à une caisse de retraite. En résumant, nous vivons plus longtemps après la retraite au moment où le nombre de ceux qui cotisent pour assurer notre pension est en constante baisse. Résultat, une bombe sociale à retardement.

A moins qu’une réforme en bonne et due forme soit enclenchée sans plus tarder. Les syndicats ne semblent pas chauds pour le sujet, certes, mais c’est un dossier qui dépasse de loin leurs intérêts corporatistes. Même si, pour retarder ce moment fatidique, ils continuent à tenir un langage qui ne tient pas debout.

Toujours est-il, la réforme de la retraite fait bien partie du pacte social signé le 30 avril 2022. Le ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, Younes Sekkouri, vient de le rappeler. Les réunions entre les partenaires sociaux se poursuivront, d’ailleurs, dans les prochains jours afin de parvenir à des accords sur les principales questions du deuxième round du dialogue social engagé il y a quelques semaines.

Deux points en particulier seront sur la table des négociations, le droit de la grève et la réforme de la retraite. Et sur ces deux questions, l’Exécutif inscrit sa démarche dans une logique de négociation et non de marchandage. Ainsi, la réforme des retraites devra être tranchée avant la fin du mois de mars prochain. Pour le gouvernement, c’est un délai raisonnable pour aboutir à un accord avec les différents intervenants. Pour cela, le déploiement de l’agenda des rencontres s’accélère.

La première réunion de la commission en charge de cette réforme a eu lieu il y a une dizaine de jours sous la présidence de la ministre de l’Économie et des finances. Lors de cette réunion, la ministre a présenté les détails d’une étude réalisée par le ministère à propos des différentes caisses de retraite.


Réserves : Où en est-on ?

Alors que les syndicats s’entêtent à soutenir que la santé des caisses de retraite ne pose aucun problème, la réalité est tout le contraire. Les réserves de la CMR risquent de s’épuiser très prochainement à cause d’un déficit estimé à 5,12 milliards de dirhams en 2022, d’après les chiffres présentés par la présidente de la Cour des comptes devant le Parlement. Le même constat est d’ailleurs relevé pour le Régime collectif d’allocation de retraite (RCAR) dont le déficit s’est situé à 3,95 milliards de dirhams au cours de la même période. Si le régime de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ne connaît pas pour le moment de problèmes de viabilité, il risque de connaître des difficultés à l’horizon 2025, suite à l’élargissement de l’assiette des bénéficiaires pour englober les travailleurs non salariés.